Des conditions «idéales» pour le ver fil-de-fer

Si vous constatez que la population d’un champ de maïs est clairsemée, il est possible que la faute incombe au ver fil-de-fer

«Il est un peu prématuré de parler d’une infestation de ver fil-de-fer, mais ce qui est sûr, c’est qu’on a des conditions printanières idéales pour que cela se produise», déclare Stéphane Myre, de Bayer (Dekalb).

Ce qui alimente les craintes de cet agronome, c’est qu’il a retrouvé des vers fil-de-fer à différents endroits ces derniers jours et notamment dans des sols argileux et dans des retours de soya, ce qui est tout-à-fait inhabituel. En principe, le ver fil-de-fer préfère les sols sableux de même que les champs ayant une graminée pour précédent cultural.

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Toutefois, les conditions printanières froides et humides que nous avons connues ont incité le ravageur à demeurer près de la surface du sol alors que des conditions sèches et chaudes l’auraient au contraire poussé à s’y enfoncer. Par conséquent, comme il se nourrit de matière organique, grains et plantules figurent à son menu.

«Des plantules manquants ou rabougris et dont le centre est desséché constituent le premier signe qu’observera un producteur aux prises avec une problématique de ver fil-de-fer», indique Stéphane Myre. Comme cela peut avoir différentes causes, un dépistage en bonne et due forme s’imposera. «Il faudra marcher le champ et creuser à plusieurs endroits, recommande-t-il. On ne peut pas se fier simplement à l’historique du champ ou à la texture de sol.»

Dans un guide publié par le CÉROM (disponible ici), on apprend que «les vers fil-de-fer ou larves de taupins constituent les ravageurs des semis les plus fre?quemment collecte?s dans les grandes cultures au Que?bec. Les taupins passent la majeure partie de leur vie a? l’e?tat larvaire. (…) Apre?s l’e?closion des œufs, les larves (vers fil-de-fer) peuvent vivre de un a? six ans dans le sol avant d’entrer en pupaison et de devenir adultes.»

On y indique aussi que «les vers fil-de-fer se de?placent verticalement dans le sol en fonction de la tempe?rature et du taux d’humidite? du sol ainsi que de leurs besoins alimentaires. Ainsi, les vers fil-de-fer remontent pre?s de la surface lorsque la tempe?rature du sol avoisine et de?passe une dizaine de degre?s Celsius, soit entre la mi-mai et la mi-juin. Ils sont aussi attire?s par le dioxyde de carbone (CO2) libe?re? par les jeunes plantules lors de la germination. C’est a? ce moment qu’ils s’alimentent jusqu’a? ce que la tempe?rature atteigne environ 25°C. Les vers fil-de-fer peuvent e?tre dommageables pour le mai?s de la germination au stade six feuilles. Au-dela? de 25°C ou si l’humidite? du sol devient inade?quate, les vers fil-de-fer peuvent s’enfoncer jusqu’a? 80 cm de profondeur. Compte tenu de la dure?e de leur cycle de de?veloppement et de ces mouvements verticaux dans le sol, les vers fil-de-fer survivent tre?s bien a? l’hiver.»

La baisse de population causée par le ravageur peut varier fortement d’un champ à l’autre. Stéphane Myre rapporte un cas où un taux de semis de 34 000 plants à l’acre s’est traduit par une population réelle de 29 000. Dans un champ d’une autre ferme ayant le même taux de semis, la population a chuté à seulement 12 000.

Il est rare qu’on se retrouve sous le radar comme cette année. «C’est très inhabituel que le ver fil-de-fer soit encore là à cette date-ci», observe Gilles Corno, de Semences Pride. Selon lui, les producteurs n’ont pas avantage à recourir systématiquement aux traitements insecticides.  «Il faut regarder l’ensemble des éléments à la ferme, dit-il. Les recherches démontrent que les traitements insecticides sur les semences s’avèrent économiquement bénéfiques en conditions de rendement du maïs supérieur à la moyenne. En situation de rendement inférieur à la moyenne, il est possible que d’autres facteurs affectent la culture et ceux-ci doivent donc êtres identifiés afin d’apporter les corrections appropriées avant d’avoir recours aux traitements des semences comme seule mesure d’intervention.»

L’agronome formule deux recommandations. «La première chose à regarder, c’est la compaction du sol, dit-il. Celle-ci contribue à garder l’humidité du sol élevée autour du jeune plantule, ce qui favorisera l’activité et la présence du  ver fil-de-fer plus longtemps.»

«Le second élément, poursuit-il, c’est de faire attention aux conditions de semis pour éviter le lissage. Mieux vaut retarder le semis que de causer du lissage. En fait, il est souhaitable de faire tous les travaux de sol dans de bonnes conditions.»

«L’idée, c’est d’essayer d’éviter le ver plutôt que de chercher uniquement à le contrôler, aujoute Gilles Corno. Le pesticide doit être intégré à l’ensemble d’une pratique visant à diminuer les ravageurs et les pathogènes du sol. Dans certaines situations, par exemple dans les champs semés hâtivement, le traitement insecticide va aider la semence à conserver sa vigueur.

«Lorsque les conditions de semis sont idéales, conclut-il, la germination peut se faire en six ou sept jours.  Les ravageurs vont avoir moins d’impact que lorsque la germination et l’émergence prennent plusieurs semaines. C’est à ce moment là que la culture devient plus vulnérable.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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