Devrions-nous irriguer les plantes fourragères ?

Les résultats d’un projet-pilote montrent les bienfaits

Ce que la sécheresse de cette année et celles des années précédentes ont démontré, c’est à quel point les périodes de sécheresses nuisent à la croissance des plantes fourragères. Ce qui leur manque pour bien croître, c’est l’eau. Alors, pourquoi ne pas leur fournir ce qu’elles ont besoin en les irriguant ?

Cette idée est peu populaire au Québec contrairement à d’autres régions du monde, et ce, malgré les changements climatiques. Au Québec, les travaux de recherche et les interventions des intervenants misent plutôt sur l’adaptation du choix des espèces fourragères. Pour sa part, le chercheur Carl Boivin spécialisé en régie de l’eau à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) pense que l’irrigation devrait être envisagée comme une option intéressante dans certaines circonstances.

Projet-pilote

En 2019, le chercheur a entrepris un projet-pilote d’un an à la ferme Jean-Claude Pouliot de l’Île-d’Orléans. Une luzernière de trois ans sur un loam argileux graveleux a été soit irriguée, soit laissé au bon vouloir de Mère-Nature. Les portions de champ irriguées l’ont été neuf fois durant l’été.

L’équipe de recherche n’a pas vu de différence lors de la première coupe. Carl Boivin s’y attendait puisque la luzerne n’avait été irriguée que deux fois avant la première coupe. Par la suite, les prélèvements en eau et les périodes d’irrigation ont été plus importants : deux entre la première et deuxième coupe, et cinq entre la deuxième et troisième coupe.

Lors de la deuxième coupe, les parcelles irriguées ont donné en moyenne 26% plus de rendement, alors qu’à la troisième coupe, les parcelles irriguées ont donné 70% plus de rendement. Les rendements de la deuxième et de la troisième coupe irriguée étaient comparables.

Côté qualité, les parcelles irriguées ont donné un fourrage ayant un taux de protéines (21,7 contre 24,3%) et une digestibilité plus faible (ADF 86,9% contre 83%).

« C’est vrai que la luzerne a un système racinaire profond, mais on s’est rendu compte qu’elle préfère prélever l’eau dans les 30 premiers centimètres », explique Carl Boivin.

Une luzernière a besoin de 5 à 7 millimètres d’eau par jour. C’est très près de ce que les plantes de pommes de terre ont besoin, soit de 5 à 6 millimètres.

« Les parcelles non-irriguées n’étaient pas mortes, elles étaient moins fournies », continue le chercheur. Autre élément : le stade de maturité n’était pas le même.

Projet sur trois ans

Plus tôt cette année, l’IRDA a obtenu le financement pour un projet plus important d’irrigation des plantes fourragères sur trois ans débutant cette année. « On voulait suivre un champ pendant trois ans dès l’année d’implantation, semé avec 80% de luzerne et 20% de mil », explique Carl Boivin. Encore une fois, des parcelles aléatoires sont soit irriguées, soit non irriguées.

Les plantes ont trois régimes hydriques différents. « On veut vraiment définir le contexte dans lesquels ça vaut la peine d’arroser », explique le chercheur.

Le site principal de recherche est encore une fois sur la ferme de Jean-Claude Pouliot à l’Île-d’Orléans. Mais il y a aussi des sites satellites en Chaudière-Appalaches, Montérégie, Bas-Saint-Laurent et Centre du Québec pour comparer différents types de sols.

Il y a très peu de projets de recherche sur le stress hydrique alors que les saisons consécutives démontrent des périodes de sécheresse par région ou pour l’ensemble de la province comme cette année.

Carl Boivin croit que dans certaines circonstances, l’irrigation pourrait s’avérer une solution économique. Ça pourrait être le cas là où le prix des terres est exorbitant. Dans certaines régions, ça pourrait permettre une coupe supplémentaire. « Il ne manque pas grand-chose pour faire quatre coupes dans la région de Québec », dit Carl Boivin.

Les résultats de cette année démontreront toute l’importance de l’eau lors de l’année d’implantation. C’est à suivre.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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