Et maintenant, comment préparer le sol?

Au printemps prochain, plusieurs producteurs seront tentés de se rabattre sur le semis direct faute d’avoir pu faire leur préparation de sol habituelle

Avec le retard pris par les récoltes, bien des producteurs doivent se demander quelle préparation de sol ils pourront faire en prévision des semis de 2020. Les sols sont gorgés d’eau et le resteront vraisemblablement pour le reste de l’automne. Difficile, dans les circonstances, d’imaginer réaliser un bon travail primaire. Seule la charrue est utilisable, mais ce serait déplacer le problème, car le risque est grand qu’elle crée une semelle de labour et que le tracteur cause une dégradation sévère de la structure du sol.

Ce qui nous repousse au printemps, où il reste théoriquement deux scénarios: opter pour le semis direct ou réaliser un travail du sol. Justement, l’agronome Sylvie Thibaudeau ne cache pas son inquiétude devant la possibilité que plusieurs producteurs qui effectuent normalement une préparation de sol optent exceptionnellement pour le semis direct, et sortent déçus de leur expérience. «Ils ne devront pas s’attendre aux résultats d’un semis direct fait dans les règles de l’art», prévient la conseillère du Club agroenvironnemental du bassin La Guerre, en Montérégie-Ouest.

«Le semis direct n’est pas une technique de dépannage, explique-t-elle. C’est une technique qui demande une transition sur quelques années, selon l’état du sol au départ. Pour avoir du succès à court terme, il faut un sol bien structuré où règne une bonne activité biologique.»

L’agronome juge inapproprié de formuler une recommandation générale quant à l’approche à adopter au printemps prochain. «Il y a trop de facteurs susceptibles d’influencer la décision d’un producteur : le type de sol, la météo, l’équipement disponible, etc., dit-elle. C’est du cas par cas et je dirais même que c’est du champ par champ.»

En présence de traces ou d’une quantité importante de résidus, un travail du sol s’avérera nécessaire. Pour ce faire, Sylvie Thibaudeau confie avoir une préférence pour les instruments à disques plutôt que ceux à dents, car ils entraînent moins de lissage. «Idéalement, des disques crénelés avec un bon diamètre», précise-t-elle.

Sur un retour de soya et en l’absence de traces, elle mentionne le vibro parmi les équipements à envisager. Par contre, sur un retour de maïs, elle considère que cet instrument ne travaille pas assez en profondeur pour bien mélanger les résidus au sol et constituer un lit de semence adéquat.

Et si un champ n’a pas été endommagé à la récolte et que son sol possède une bonne structure, pourrait-on alors envisager le semis direct? «Dans les circonstances, cela pourrait être le meilleur compromis, répond-t-elle après un bref moment de réflexion. Le semis direct n’est pas à écarter systématiquement.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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