Les opérations d’aide pour les fourrages se multiplient

Même si les pluies des dernières semaines semblent avoir atténué le déficit hydrique et les impacts de la sécheresse, le manque à gagner pour les fourrages demeure tout aussi présent. Les mesures visant à accompagner les producteurs en difficulté ont toutefois pris forme, avec de nouveaux développements dans les derniers jours.

La plateforme sécheresse-2020 (https://www.upa.qc.ca/fr/secheresse2020/) met à la disposition des producteurs diverses solutions, autant pour ceux désirant se procurer des fourrages que pour ceux prêts à en vendre. “L’opération sécheresse 2020 est une coordination sur l’ensemble du Québec. Avec le site internet et le numéro de téléphone, les gens ont différentes options. Ceux qui en ont besoin remplissent un formulaire détaillant la demande comme le type de mélange, le pourcentage de protéine, du foin de 1re et 2e coupe, etc. Ceux qui en ont à vendre indiquent le nombre de balles disponibles”, explique le vice-président de l’UPA, Martin Caron. Huit pistes de solutions sont également offertes pour maximiser les provisions de fourrages. Débuté cette semaine, la réponse est déjà bonne. “Il y a une bonne solidarité entre producteurs”.

La diversité des solutions est d’ailleurs importante. Les producteurs de grains sont amenés à offrir de semer des plantes fourragères qui pourront toujours faire office d’engrais verts une fois récoltées. Les ententes conclues sont surtout une question de cas par cas mais la plupart sont surtout basées sur une location de deux mois le temps de la culture et la récolte. D’autres offrent gratuitement leurs champs aux producteurs, ou demandent un tarif à l’acre. Des producteurs de pomme de terre ont également répondu à l’appel en offrant de semer des variétés fourragères à leur habituels engrais verts.

La Financière agricole a d’ailleurs mis en place une dérogation au programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) pour le produit Céréales et canola. Ainsi, les superficies qui auront fait l’objet d’un changement de destination, passant ainsi de grain à fourrage pour compenser la pénurie de foin causée par la sécheresse de la saison de récolte 2020, demeureront assurées.

Les différentes fédérations régionales cherchent pour l’instant à satisfaire les besoins au niveau local afin de diminuer les coûts de transport. Il n’est pas écarté que certaines régions puissent en aider d’autres, ou encore que du foin soit acheminé des autres provinces, que ce soit l’est de l’Ontario ou encore les Maritimes. Les quantités de foin disponibles dans les régions moins affectées par la sécheresse sont toutefois limitées. M.Caron mentionne entre autres que l’Abitibi a connu de bons rendements au printemps mais que ces derniers surviennent après une année 2019 difficile. Les réserves sont à sec dans plusieurs endroits. “Des régions doivent penser à combler leurs besoins aussi. La particularité de cette année est que la sécheresse est généralisée”.

Malgré les pluies récentes, les précipitations n’ont eu que peu d’effet sur les prairies en cours de croissance. Les rendements anticipés pour la 2e coupe seraient donc du même ordre que la 1re, soit par endroit la moitié du rendement habituel. Les besoins en foin les plus importants se trouvent d’ailleurs dans les régions les plus affectées par la sécheresse, soit le Bas-du-fleuve, Lanaudière, la Mauricie et le Centre-du-Québec. Autant les producteurs bovins laitiers que de boucherie, ou encore les éleveurs de grands gibier, sans compter les propriétaires de chevaux, vivent un stress important. Plusieurs envisagent de vendre des animaux pour réduire les coûts dans les prochains mois.

On espère maintenant que Mère Nature fera preuve de coopération avec des conditions de croissance propices à ces cultures d’été. “Il ne faudrait surtout pas qu’un gel précoce surviennent en septembre”, souhaite le producteur de la Mauricie.

Une collaboration avec le gouvernement

M.Caron ajoute que la collaboration est bonne avec le gouvernement, que ce soit la Financière agricole ou le MAPAQ. Des rencontres régulières ont lieu pour faire état de la situation au niveau régional et provincial.

La Financière a effectué une évaluation des dommages hivernaux et de la 1re coupe. Des informations sont attendues sous peu au sujet d’un avis de dommage collectif. Plusieurs producteurs ont fait savoir qu’ils souhaiteraient vivement une avance de liquidités pour s’approvisionner en foin, comme ce fut le cas l’an dernier.

Le dernier bilan des cultures de la Financière datant du 21 juillet faisait état de  3270 avis de dommages au total. Dans la majorité des cultures, la sécheresse était invoqué comme une des causes.

1re fauche 2e fauche 3e fauche
Régions administratives Survie à l’hiver (repousse) Quantité Qualité % récolté Quantité Qualité % récolté Quantité Qualité % récolté
Abitibi-Témiscamingue
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
70-100
Dans la moyenne
Dans la moyenne
0-5 nd nd nd
Bas-Saint-Laurent
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
70-100 nd nd nd nd nd nd
Capitale-Nationale
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
80-100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-50 nd nd nd
Centre-du-Québec
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Inférieure à la moyenne
100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
10-30 nd nd nd
Chaudière-Appalaches – Secteur de Lévis
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
95-100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
20-50 nd nd nd
Chaudière-Appalaches – Secteur de Sainte-Marie
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Supérieure à la moyenne
40-100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-50 nd nd nd
Côte-Nord
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
60-100 nd nd nd nd nd nd
Estrie
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Inférieure à la moyenne
95-100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-15 nd nd nd
Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine – Secteur Gaspésie
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Inférieure à la moyenne
50-100 nd nd nd nd nd nd
Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine – Secteur Îles-de-la-Madeleine
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Inférieure à la moyenne
50-100 nd nd nd nd nd nd
Lanaudière
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-100 nd nd nd
Laurentides – Laval
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
100 mp
Dans la moyenne
0-100 nd nd nd
Mauricie
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Inférieure à la moyenne
70-100
Inférieure à la moyenne
Inférieure à la moyenne
5-50 nd nd nd
Montérégie – Secteur de Saint-Hyacinthe
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-20 nd nd nd
Montérégie – Secteur de Saint-Jean-sur-Richelieu
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-10 nd nd nd
Montérégie – Secteur de Châteauguay
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-5 nd nd nd
Outaouais
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-25 nd nd nd
Saguenay–Lac-Saint-Jean
Dans la moyenne
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
90-100
Inférieure à la moyenne
Dans la moyenne
0-100 nd nd nd

Il est aussi question d’utiliser d’autres programmes tels que Agri-stabilité pour venir en aide aux producteurs. Ces programmes donneraient un coup de pouce aux éleveurs qui ont défrayé des coûts pour transporter leurs animaux vers de meilleurs pâturages. L’UPA songe aussi à utiliser le même moyen pour aider les producteurs qui ont dû faire venir de l’eau en raison d’un assèchement de leurs puits artésiens.

Martin Caron espère d’ailleurs que les solutions mises en place cette année dans l’urgence puissent donner des pistes de solution qui demeureront en place dans l’avenir, comme par exemple l’utilisation des engrais verts comme fourrages, un retour de services bénéfique pour les deux parties, fait-il valoir. “Il faut vraiment travailler dans les prochaines années à penser à des solutions avec les changements climatiques, que ce soit par exemple des mélanges de 4 à 5 cultivars plutôt que luzerne-millet.  C’est la même chose pour l’eau. Il faut trouver des alternatives et avoir un plan de match. Agriclimat en est un exemple. La démarche va débuter sa 2e phase. Ce sera une occasion de réfléchir à ce qu’on pourrait mettre en place.”

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires