Les leçons de 40 ans d’essais

Des essais réalisés en Ontario démontrent que l’alternance maïs-soya est la rotation la moins intéressante à long terme

Le facteur limitatif de nos rendements n’est plus la génétique ou l’azote, mais plutôt la disponibilité de l’eau.

Les essais de longue durée en grandes cultures sont rares. Au Québec, les plus connus sont probablement ceux amorcés en 2008 au CÉROM à l’initiative de l’agronome Gilles Tremblay. On souhaiterait qu’il y en ait plus de ce genre, car certaines pratiques mettent des années à faire sentir leur effet. Il n’y a qu’à penser au temps qu’il faut pour relever la teneur en matière organique d’un sol.

L’Université de Guelph mène depuis 40 ans des essais de grandes cultures à son site de Elora. Quatre décennies consacrées à comparer différentes rotations basées sur le maïs. Ces essais portent sur les rotations les plus répandues en Ontario, comme l’alternance maïs-soya ou celle de trois ans où le maïs est suivi du soya et d’une céréale. D’autres rotations testées incluent des cultures de couverture.

Depuis plusieurs années, l’alternance maïs-soya est la rotation la plus populaire en Ontario. Les chercheurs ont donc voulu vérifier quels en sont les résultats à long terme en comparaison des autres rotations. La réponse que donne l’un des responsables, le professeur Bill Deen, est sans équivoque : «L’alternance maïs-soya est associée à la plus mauvaise santé du sol, au potentiel de rendement le plus bas et à la résistance à la sécheresse la plus faible.» Enfonçant le dernier clou dans le cercueil, le chercheur souligne que le constat est exactement le même à Ridgeton, un autre site d’expérimentation de l’Université de Guelph, même si les conditions de culture y soient différentes. Les essais y sont en cours depuis 25 ans.

L’eau : un intrant de plus en plus crucial

Un autre constat qui ressort de ces essais, c’est que non seulement l’alternance maïs-soya génère en moyenne de moins bons rendements que les autres rotations, mais que l’écart se creuse en année de sécheresse. «On veut adopter un système de cultures résiliant, capable d’affronter un stress, énonce le Dr. Deen. Les données de nos essais démontrent que l’alternance maïs-soya n’en est pas un.»

Aux yeux du chercheur, la tolérance des cultures à la sécheresse est de plus en plus cruciale. Il explique qu’au début des essais, le rendement du maïs équivalait à la moitié de ce qu’il est aujourd’hui. Mais la quantité d’eau requise pour le rendement de 1980 représentait également la moitié de ce qui est requis par les rendements actuels. Cela l’amène à conclure que le facteur limitatif de nos rendements, ce n’est plus la génétique ou l’azote, mais plutôt la disponibilité de l’eau. «Puisque des rendements plus élevés demandent plus d’eau, analyse-t-il, on doit s’attendre à ce que le manque d’eau cause de plus en plus souvent une perte de rendement dans l’avenir, en particulier si les sécheresses deviennent plus fréquentes à cause des changements climatiques.»

D’où l’importance d’intégrer une troisième culture à la rotation et à semer des plantes de couverture. «Les avantages sont multiples, estime le Dr. Dave Hooker, qui est impliqué lui aussi dans les essais à long terme. Les rendements en maïs et en soya sont plus élevés. La légumineuse utilisée comme plante de couverture apporte gratuitement de l’azote. Et on dispose de plus de temps pour semer le soya et le maïs. Quand on prend en compte l’ensemble de ces éléments, cela fait une grosse valeur ajoutée!»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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