Redécouvrir le potentiel du blé

Signes que le sujet en intéresse plus d’un, près de 630 personnes se sont déplacées pour la Journée Synagri consacrée au blé qui avait lieu le 19 juillet dernier à Saint-Hyacinthe. Au menu, une journée entièrement agronomique divisée en huit ateliers couvrant différents aspects de la culture des céréales à pailles. Le but? Exploiter le plein potentiel de rendement des céréales.  Les visiteurs à l’événement avaient été séparés en plusieurs groupes qui ont assisté en rotation aux différents ateliers.

Le premier atelier auquel Le Bulletin a assisté portait sur le contrôle des maladies. Trois fenêtres s’offre au producteur pour l’application des fongicides durant la saison. La première se situe au début du tallage, la seconde à la feuille étendard,  la plus importante pour le rendement et la troisième application à l’épiaison . La manière d’appliquer les fongicides est importante puisque le but recherché est de « peinturer » les plants, en effectuant l’arrosage le plus possible à la verticale pour assurer une meilleure protection des feuilles et de l’épi.

L’agriculture de précision est à la mode et a fait l’objet du second atelier, plus précisément comment bien exploiter ses sols selon la variabilité présente dans un champ. Synagri a présenté un équipement pouvant faire des échantillonnages de sols géoréférencée.  Le but est d’identifier les zones du champ avec les meilleurs potentiels de rendement. Bien qu’intéressante, la carte de rendement de la batteuse n’est pas le meilleur outil pour cartographier les zones de gestion. Il faut plutôt utiliser la superpositions des données suivantes: la capacité d’échange cationique (capacité de retenir les éléments nutritifs du sol), la conductivité électrique et l’indice général de fertilité. Ces facteurs combinés sont utilisé pour établir des cartes de prescriptions à taux variable.

Le troisième atelier a présenté les résultats du programme Experts céréales de Synagri, mené auprès de centaines de producteurs pendant sept ans. Des stagiaires de la société ont récolté de nombreuses données auprès de producteurs. Le but recherché était de déterminer le potentiel de rendements possibles mais aussi de ramener les céréales dans les régions. Le rendement idéal? Un minimum de 5 tm/ha. « L’objectif est de faire autant d’argent avec le blé que le soya ou le maïs », a indiqué Charles Bilodeau, conseiller dans le sud de Québec. Les résultats de l’étude ont démontré que la régie de champ influence grandement le rendement. Les données avaient été compilées selon cinq critères : l’indice de potentiel de rendement, la population, l’uniformité de la levée, la fertilisation et la protection des cultures. L’uniformité de la levée et la fertilisation ont été les critères les moins bien respectés dans l’ensemble, soit 15% des champs pour la levé et 35% pour la fertilisation. Selon les résultats finaux, les champs qui respectaient l’ensemble des critères ont obtenu 4,9 tm/ha contre 3,4 tm/ha pour ceux qui n’en respectaient aucun.

La ventilation et la gestion de l’entreposage ont fait l’objet du 4e atelier. Le but recherché est de conserver la récolte dans les meilleures conditions en attendant la livraison. Le degré d’humidité idéal à la récolte est de 18 à 21% alors qu’il est de 13 à 14% après ventilation dans le silos. Puisque qu’il est difficile de contrôler le taux d’humidité au moment de la récolte, le système de séchage est le meilleur moyen pour atteindre la cible recherchée. Le mieux est d’avoir un grain propre mais aussi faut-il comprendre comment le grain de blé se comporte. « Le blé est un sprinteur. Et qu’est-ce qui se passe avec sprinteur après avoir couru? Il a chaud et il transpire », a expliqué Nicolas St-Pierre, animateur de l’atelier en ajoutant que la température du grain ne doit pas dépasser 40 degrés en silo, sinon il perd sa capacité de germination. On doit rechercher l’uniformité dans le silo pour augmenter la conservation. Quelques conseils : pour réduire le temps de séchage, on surveille l’humidité et la météo avant de ventiler  et on élimine le plus possible les restrictions dans le plancher du silo.

Le conseiller Pierre Pagé a présenté l’importance de faire un bon semis et les moyens d’y arriver. Selon l’étude faite par Synagri, seulement 15% des producteurs réussissent une levée uniforme. Cet aspect est pourtant important puisqu’il conduit à des stades de maturité différents dans le champ et une plus grande compétition entre les plants. Une levée non uniforme est aussi une condition propice à la fusariose. La profondeur de semis recommandée est de 1po. ¼ et 1po. ½ « La bonne profondeur est la donnée la plus importante pour une levée uniforme », selon M.Pagé qui ajoute que le meilleur moyen de s’en assurer est de descendre du tracteur de une à deux fois par jour pour vérifier la profondeur du semis. La préparation du lit de semence est une étape aussi importante que les autres puisqu’un bon contact du grain avec le sol est essentiel. Rouler avant le semis va donner une bonne uniformité de sol, et répéter cette opération après va permettre un bon contact du grain avec la terre.

Le sixième atelier a porté sur les étapes à respecter pour cultiver de la semence certifiée. Au nombre de 14, ces dernières permettent d’assurer une pureté génétique afin d’assurer le maintien des caractéristique variétales du grain.

L’avant dernier atelier animé par le conseiller Denis Lévesque a expliqué la gestion de l’azote dans le blé. Les besoins de ce dernier sont estimés à 30 kilos d’azote par tonnes de blé. Selon M.Lévesque, des rendements de 3 tm/ha et plus sont possibles si l’application d’azote est faite au bon moment. Le mieux est de répartir la quantité d’azote en trois épandages, dont un après la floraison.

Le dernier atelier présentait un équipement disponible depuis cinq ans au Québec et offert par Innotag. Issu de la société française Sulky, cette machinerie effectue plusieurs opérations de semis en une seule étape.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires