Sclérotinia, une maladie sournoise

«On en met ou pas, un fongicide?»

La question s’adresse à un groupe de producteurs et de conseillers assis sur des ballots de foin, entre deux champs de soya. C’est l’agronome Yvan Faucher, du MAPAQ-Montérégie, qui la soulève.

L’activité se déroule à la Ferme Sprédor, à Sainte-Victoire-de-Sorel. Elle est organisée par le Réseau de vitrines à la ferme sur l’utilisation raisonnée de fongicides pour le contrôle de Sclérotinia dans le soya.

Participant du Réseau, le propriétaire de la ferme, Mario Lavallée, teste cette année des traitements fongicides sur six différentes variétés de soya avec le club conseil Les Patriotes. Le producteur se dit très favorable à ce genre d’essai. «Que le rendement soit bon ou mauvais, on doit faire le même travail», philosophe-t-il.

Dans ses parcelles d’essai, une application de fongicide Cotegra a été faite au stade R1 de la culture. Un second traitement, celui-là de Stratego Pro, a suivi au stade R3. «Pour l’instant, il est trop tôt pour tirer des conclusions, souligne la technicienne Célia Conway. C’est la batteuse qui va parler! Ce sera intéressant cet hiver de compiler les résultats obtenus ici et de les comparer à ceux obtenus dans d’autres sites du réseau.»

Les producteurs qui assistent à l’événement ne repartiront pas pour autant les mains vides. La chercheuse Sylvie Rioux, du CÉROM, leur présente un tour d’horizon des principaux prédateurs et maladies s’attaquant au soya. Surprise! À l’échelle de l’Amérique du Nord, le problème numéro un est non pas le Sclérotinia, mais un ver minuscule, le nématode du kyste. Chez nos voisins du Sud, il entraîne plus de pertes financières que tout autre autre. Heureusement, il est encore peu présent au Québec. Néanmoins, signale Mme Rioux, une équipe s’est mise en place pour en surveiller l’évolution.

Reste que sous nos latitudes, c’est avant tout le Sclérotinia que les producteurs ont à l’œil. Alors, «on en met ou pas, un fongicide?» «Ce n’est ni tout noir, ni tout blanc cette affaire-là, estime Yvan Faucher, c’est pas mal gris.» Devant un auditoire attentif, l’agronome passe tour à tour toutes les sources de gris : le cycle particulier de ce champignon, l’influence de la lumière (il lui en faut, mais pas trop), l’effet de la température (il n’aime pas les grosses chaleurs), le rôle essentiel de l’humidité (le sol doit être humide pendant un total d’au moins 16 jours pour que le champignon se développe) et l’importance du timing. «Tout est affaire de timing quand il est question du Sclérotinia», lâche le conseiller.

Devant ce constat, il apparaît clairement qu’il ne peut y avoir de recette pour contrôler ce sournois champignon. Ce qui ne signifie pas qu’on soit totalement démuni. Yvan Faucher met de l’avant une approche intégrée. Choisir des variétés tolérantes, jouer sur la dimension de l’entre-rangs et sur la population, miser sur une rotation des cultures, pratiquer le semis direct ou, à tout le moins, ne pas travailler le sol à plus de cinq centimètres. Et, oui, utiliser un fongicide si les conditions s’y prêtent; si, notamment, les prévisions météo laissent entrevoir des conditions fraîches et humides qui favoriseront le Sclérotinia.

Sur ce dernier point, il est intéressant de noter que les Américains ont développé une application informatique qui, à partir d’un modèle prédictif, évalue le risque d’infection d’un champ. «On est en train de vérifier l’efficacité de ce modèle sous nos conditions», indique la chercheuse Sylvie Rioux.

La réponse en intéressera certainement plusieurs.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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