Soya : les leçons de 2019

En matière de rendement, l’année ne passera pas à l’histoire. On peut toutefois en tirer certaines leçons.

Environ 1,25 tonne à l’acre : c’est à ce niveau que Gilles Corno, agronome chez Semences Pride, évalue le rendement moyen du soya pour l’ensemble du Québec. «Ça a été une année assez unique et peut-être qu’on peut en tirer des leçons uniques aussi», lance-t-il.

Une première leçon concerne la fertilité du sol. «Là où la fertilité de base était bonne, le rendement tendait lui aussi à être bon, dit-il. Alors que dans les zones moins fertiles, ils étaient souvent faibles.»

«Une fertilité basse limite le nombre de fèves par gousse, explique-t-il. Des gousses à quatre fèves, c’est assez rare cette année. Et quand la sécheresse est de la partie, comme cela a été le cas dans certaines régions, les fèves sont non seulement moins nombreuses, mais elles sont plus petites.» D’où cette première leçon que Gilles Corno tire de 2019 : l’importance de connaître la fertilité de base dans nos champs.

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À propos de la sécheresse, l’agronome souligne qu’elle a conduit souvent aussi à l’avortement des grappes de gousses situées dans la partie supérieure du plant. «Dans bien des champs, ces grappes se sont formées pendant la sécheresse et elles ont tout simplement avorté», rapporte-t-il.

Par ailleurs, Gilles Corno constate que la sclérotinia a été assez présente dans les régions les plus chaudes. «Dans les parties de champ à fertilité élevée, il y avait beaucoup de buissonnement, ce qui a pu créer un climat favorable à la maladie, analyse-t-il. De plus, les plants ont fleuri tôt, dès le stade V4, ce qui a prolongé la période d’infection. Le stade de floraison R6  s’est prolongé jusqu’en septembre, accentuant ainsi le risque que des foyers d’infection se développent.»

La leçon qu’en tire l’agronome, c’est que le temps est venu d’envisager le semis à taux variable. «Le taux de semis unique de 130 000 ou 140 000 plants a bien fonctionné ces dernières années, déclare-t-il. Mais on est peut-être rendus à l’étape d’ajuster le taux de semis à la fertilité afin de l’abaisser dans les zones très fertiles. Cela suppose d’adopter des cartes de prescription basées sur la fertilité.»

Abaisser le taux à combien? Gilles Corno juge prématuré de donner une réponse. «On est encore en apprentissage dans ce domaine, dit-il. Nos collègues américains disent qu’il faut une population de 100 000 pour maintenir le potentiel de rendement. Personnellement, je m’en suis tenu jusqu’à maintenant à 110 000 ou plus. Des recherches américaines indiquent qu’on pourrait même baisser à 90 000 tout en optimisant le rendement. Il va falloir l’expérimenter pour savoir avec quelles populations on peut travailler au Québec.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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