Viser grand (ou large) dans le maïs

Le producteur Joe Breker a fait l'essai des corridors solaires avec une implantation de seigle d'hiver qui servira de couvert végétal dans un futur champ de soya.

L’idée des corridors solaires dans la culture de maïs fait l’objet de plus en plus de recherches et de récentes observations sur le sujet appuieraient la thèse que les impacts sur le rendement seraient très faibles ou absents.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers à la notion de corridors solaires dans les champs de maïs, ces derniers consistent à fournir suffisamment de lumière aux cultures de couverture faites en intercalaires pour qu’elles croissent durant la saison en élargissant l’espace entre les rangs à 60 pouces (environ 1,5 m).

La culture intercalaire attire l’attention autant chez les éleveurs que les producteurs de grains puisqu’elle peut améliorer la santé des sols et fournir un supplément de nourriture et de protéine. Des études ont eu lieu sur le sujet au Manitoba et aux États-Unis. Des producteurs d’ici ont également tenté l’expérience en 2019.

Un agronome à la North Dakota State University (NDUS), Michael Ostlie, a mené des recherches comparant les cultures intercalaires de maïs sur des rangs de 30 po et 60 po. Selon lui, la population implantée est un facteur clé dans les rangs plus larges.

«Une chose qui est devenue claire sur nos deux sites de recherche, c’est que nous ne pouvons pas réduire la population du maïs », dit M. Ostlie. « Tout ce qu’un producteur fait sur sa ferme pour une rangée plus étroite et ce qu’il a déduit être la meilleure population, continuez à le faire. Assurez-vous qu’il s’agisse de la même population. »

Dans les essais de M. Ostlie, pour une population égale de 32 000 plants par acre, les rangs de 60 pouces ont donné environ 5% à 7% de moins  en rendement que des rangs de 30 pouces. Mais lorsque la population a été réduite à 24 000 par acre, les rendements du maïs ont été réduits de 10%. La perte de rendement a grimpé à 20% avec une population de 16 000 plants par acre. Les essais ont également montré une meilleure implantation des cultures de couverture dans les rangs plus larges. Environ 40% du peuplement prévu pour la culture de couverture a poussé dans les rangées larges, mais seulement environ 14% dans les rangs plus étroits.

Un producteur du Dakota du Nord, Joe Breker , qui a fait l’essai des corridors solaires dans le maïs, a également constaté une bonne implantation et une bonne croissance des cultures de couverture. Il pense que cela peut être dû au fait que les cultures de couverture ont utilisé de l’azote plus tard dans la saison. «Dans les rangs plus larges où je n’avais pas de culture de couverture, j’avais un rendement de maïs de 5% à 8% plus élevé, et là où j’avais des cultures de couverture, j’avais un peu moins de rendement, donc la culture de couverture avait un impact sur le rendement, d’une certaine manière», dit-il. «La culture de couverture a produit suffisamment de biomasse pour utiliser un peu d’azote, de sorte qu’elle a pu utiliser ces 30 livres ou 40 livres d’azote que le maïs ailleurs a pris pour augmenter le rendement de 5% à 8%.

Yvonne Lawley et Emma McGeough, chercheuses à l’Université du Manitoba, espèrent répondre à ce type de questions dans le cadre de leur prochain projet collaboratif dans les Prairies et pour lequel elles sollicitent du financement. Ce projet s’appuierait sur leurs recherches préliminaires sur les cultures associées pour le pâturage et la santé des sols.

En 2019, elles ont croisé quatre espèces différentes – la vesce velue, le ray-grass italien, le trèfle et le radis, ainsi qu’un mélange des quatre. Ces espèces ont été introduites dans un rang de 30 pouces de maïs tolérant aux herbicides, vers le stade V6, avec des taux d’azote faibles et élevés pour voir comment elles fonctionneraient dans un couvert de maïs.

Bien que les conditions sèches de 2019 aient limité la croissance du maïs et des cultures associées, les chercheuses ont relevé certaines éléments qui façonneront les recherches futures sur la relation entre la biomasse des cultures intercalaires et les rendements de maïs. Les questions soulevées portent sur le moment des semis, l’espacement des rangs, la population de maïs, le régime de fertilisation azotée et les espèces intercalaires.

Les recherches préliminaires de Mme Lawley ont montré qu’il n’y avait pas de limitation au rendement du maïs, malgré les conditions stressantes. Sur un site de sols limoneux plus légers, le maïs associé à une culture intercalaire d’une légumineuse, comme le trèfle ou la vesce velue, a donné des rendements plus élevés qu’une culture de maïs seule.

«Cela a piqué ma curiosité sur ce qui se passe avec ces plantes sous le sol», dit Mme Lawley. « Est-ce que les mycorhizes, par exemple, aident à faciliter le transfert d’azote ou même d’eau entre les plantes?»

Comme un couvert de maïs prend beaucoup de temps à se fermer, les cultures de couverture auraient le potentiel de résoudre certains problèmes tels que l’érosion du sol ou les mauvaises herbes résistantes aux herbicides. Des chercheurs de l’Université Laval à Québec étudient également les avantages résiduels potentiels pour le soya après la culture intercalaire du maïs dans une production biologique.

Mme McGeough a prélevé des échantillons d’aliments à plusieurs dates pour tester la qualité nutritionnelle tout au long de la période de pâturage d’automne. Parce que le maïs est riche en énergie, mais pauvre en protéines, les producteurs l’utilisent pour le pâturage des vaches dont les besoins nutritionnels sont moindres. Pour Mme McGeough, l’objectif est de créer une ration plus complète pour le pâturage prolongé en augmentant la teneur en protéines grâce à des cultures intercalaires, afin que les producteurs puissent également faire paître les génisses et les veaux sevrés.

«La qualité protéinique de ces cultures associées était très élevée », dit Mme McGeough. «Nous devons maintenant déterminer quelles stratégies de gestion agronomique nous pouvons mettre en œuvre pour augmenter la biomasse des cultures intercalaires afin de fournir l’apport nutritionnel supplémentaire et combiner cela avec une analyse économique.»

Joe Breker est convaincu de son côté que des rangs doubles avec un espacement plus large sont la clé du succès de ce type de production. «Je vais m’en tenir aux rangs doubles», dit-il, ajoutant qu’il voyait de nombreux autres avantages à ce système. «Ça s’est bien récolté et il y avait beaucoup de place pour manœuvrer les pulvérisateurs le long des rangs et planter entre les rangs. Le maïs va produire presque aussi bien que des rangs de 20 pouces et 30 pouces. On pourra aussi avoir une bonne implantation et une bonne croissance de la culture de couverture dans le champ tout au long de la saison de croissance pour améliorer la santé des sols. On également la possibilité d’avoir des cultures en fleurs et des pollinisateurs en été dans les champs. Les aspects positifs sont nombreux. »

Source: Country Guide, Angella Lovel (traduit de l’anglais)

à propos de l'auteur

La référence en nouvelles technologies agricoles au Québec.

Le Bulletin des agriculteurs

Fondé en 1918, Le Bulletin des agriculteurs traite des tendances, des innovations et des dernières avancées en matière de cultures, d’élevages et de machinisme agricole dans le but de faire prospérer les entreprises agricoles d’ici.  

Articles récents de Le Bulletin des agriculteurs

Commentaires