La chaleur et les vaches taries: 2e partie

Les vaches taries souffrent elles aussi de la chaleur. Il faut s'en occuper

Le stress de chaleur a plusieurs effets sur la vache. Outre la production laitière qui est moindre, les composantes du lait sont aussi affectées, en particulier le taux de matière grasse. Cela est important dans notre contexte de paiement basé selon les composantes. Il y a aussi la fonction immunitaire qui est plus faible, c’est-à-dire que la vache sera moins résistante aux bactéries et aux virus. La vache est alors plus susceptible à la mammite, aux infections respiratoires ou encore à une rétention placentaire.

L’effet qui est le plus permanent est sur le veau à naître. Le veau issu d’une vache gestante ayant souffert de stress de chaleur est plus léger à la naissance. Sa résistance immunitaire est aussi plus faible. C’est ce que l’on voit tout de suite, mais ce n’est pas tout. Sa production laitière future sera plus faible pendant ses trois premières lactations. « C’est un effet programmé, explique Geoffrey Dahl. C’est un effet à long terme, même si l’on refroidit l’animal par la suite. C’est une insulte à son potentiel génétique. »

Moyens pour rafraîchir les vaches

«La façon la plus efficace pour rafraîchir l’animal est d’utiliser un système d’aspersion, soit des buses placées le long de l’allée d’alimentation qui mouilleront le pelage de l’animal et des ventilateurs de recirculation d’air placés dans l’aire de repos», explique le chercheur. La chaleur du corps réchauffe l’eau qui est évacuée sous l’effet du vent. La vapeur d’eau emporte alors la chaleur avec elle. Véronique Ouellet compare cet effet à ce qu’on ressent lorsqu’on va à la plage. « Quand on est à la plage et qu’on a chaud, on va à l’eau, dit-elle. Ensuite, le vent nous assèche. Parfois, on a même froid après. C’est la même chose pour les vaches. »

Lorsqu’on parle d’utiliser de l’eau, il y a deux systèmes: les gouttes ou filets d’eau et la brumisation. En Arizona et dans la péninsule arabique, la brumisation est courante. De fines gouttelettes d’eau sont dispersées dans l’air. « C’est efficace parce que l’humidité est tellement basse», explique le chercheur. Toutefois, lorsque l’air est chargé d’humidité, la brumisation a pour effet d’accentuer le stress de chaleur. Il faut donc envisager les gouttes ou le filet d’eau directement sur le dos des vaches jumelés au vent. «Ce n’est pas recommandé pour les vaches attachées», ajoute toutefois Véronique Ouellet. Les ventilateurs dirigés sur les vaches sont alors recommandés.

Il y a toutefois une pression sociale pour diminuer l’utilisation d’eau sur les fermes. C’est pourquoi le chercheur s’investit pour trouver d’autres points de régie qui vont diminuer le stress de chaleur ressenti par les vaches. C’est le cas notamment des adaptations nutritionnelles, en plus de l’environnement. Quels sont les nutriments qui vont diminuer l’effet de stress de chaleur ?

Quant à Véronique Ouellet, elle regarde du côté de l’expression des gènes dans la glande mammaire. Des recherches sont aussi effectuées dans la même équipe de la Floride par Jimena Laporta pour aider les veaux dans l’utérus de la vache. Lorsqu’on demande à Geoffrey Dahl le mot de la fin, il se contente de répéter ce qu’il a dit à plusieurs reprises au cours de l’entrevue: «Améliorez votre régie des vaches taries, dit-il. En ignorant les vaches taries, on ignore son veau.»

Cet article est la deuxième partie de l’article La chaleur et les vaches taries paru en mars 2020 dans Le Bulletin des agriculteurs. Vous pouvez lire la première partie en suivant ce lien.

Dans le numéro d’octobre du Bulletin des agriculteurs, un article s’attardera sur l’effet du stress de chaleur sur les jeunes veaux. Pour ne rien manquer de notre magazine, abonnez-vous.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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