La production de lait mise à mal

Les changements des habitudes d’achat causés par la pandémie bouleversent de nombreux secteurs agricoles. Autant les productions animales, telles que le porc et le boeuf sont affectés. Le lait n’y échappe pas. Les Producteurs de lait du Québec (PLQ) ont envoyé une note aux producteurs afin de les informer de la situation qui prévaut ici, mais également dans les autres provinces:  «Dans le contexte de la crise de la COVID-19, le comportement d’achat des consommateurs est fortement instable. Après une hausse sans précédent de la demande pour le lait de consommation dans les deux dernières semaines du mois de mars, la demande s’ajuste maintenant à la baisse à la suite des fermetures d’établissements comme les écoles, les garderies et les restaurants. Bien que ces suspensions d’activités amènent une hausse de la demande au détail, il est prématuré de conclure que les pertes de ventes institutionnelles seront complètement compensées par les achats en épiceries».
La baisse de la demande se fait en effet sentir et les PLQ disent envisager toutes les options, dont les mécanismes habituels comme le stockage du beurre et de certains fromages. Des dons à des banques alimentaires sont aussi faits, ainsi que des activités d’écrémage.
Pour la semaine du 27 mars au 2 avril, “des volumes de lait devront être disposés faute de marchés et de capacité de transformation”, avise toutefois les PLQ, un scénario qui pourrait se répéter pour la semaine du 3 au 9 avril. La situation est la même en Ontario et dans les Maritimes.
Selon les PLQ, le lait jeté représente moins de 1 % de la production hebdomadaire pour la semaine en cours.
Les provinces concernées sont en contact avec les transformateurs, les gouvernements et la Commission canadienne du lait. “Le comité quota de P5 se réunit le vendredi 3 avril et fera des recommandations. Les options en évaluation vont d’une coupure de quota à la limitation de la reprise de tolérance. Les mesures qui seront mises en place doivent avoir pour effet de ralentir les livraisons de lait à court terme, tout en limitant les effets sur la production à moyen et à long terme”, ajoute les PLQ.
Une situation qui se répète ailleurs
Le surplus de lait n’est pas unique au Québec. Ailleurs, les producteurs de lait font face également à une baisse de la demande. Déjà la semaine dernière, des producteurs français ont du diminuer leur production devant l’impossibilité des transformateurs d’emmagasiner le lait.
Aux États-Unis, le même scénario se répète. Des producteurs ont publié sur les réseaux sociaux des photos et des vidéos montrant leur production prendre la route des égouts.
Les denrées de base sont lourdement affectées par la pandémie. Les différentes classes de lait ont chuté à la Bourse de Chicago depuis la fin de février. Selon Bloomberg, l’indice des prix des denrées alimentaires a connu sa baisse la plus forte en cinq ans. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a rapporté une baisse de 4,3% en mars. “Il s’agit de la baisse la plus prononcée depuis août 2015. Les coûts de la production alimentaire ont chuté à la suite des restrictions imposées par les gouvernements concernant la libre circulation.”
“Les baisses de prix sont en grande partie motivées par des facteurs de demande et non par l’offre, et les facteurs de demande sont influencés par des perspectives économiques de plus en plus dégradées “, a déclaré dans un communiqué l’économiste principal de la FAO, Abdolreza Abbassian.
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Le ralentissement économique frappe de plein fouet le secteur agroalimentaire. Le taux de chômage a bondi au Canada comme aux États-Unis à la suite de la fermeture de nombreux commerces et industries. Les ménages se retrouvent avec un budget réduit qui affectent leurs dépenses. 
Le Chicago Tribune a recensé dans la semaine terminée le 15 mars les produits ayant affiché les plus fortes hausses de ventes par rapport l’an dernier. La pâte à biscuits congelée a affiché la plus forte augmentation (570%). Le lait en poudre vient en 6e position avec un gain de 319%. D’autres produits ont affiché une hausse importante par rapport à l’an dernier. C’est le cas de la viande (82%), le fromage en tranches (77%), les oeufs (71%) et le pain (56%).
Sources: Farm Policy News Illinois

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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