Lait : le pire est derrière nous

Un conseiller en financement fait le bilan de la situation

Le mois de mai a fait mal aux fermes laitières du Québec, mais avec les annonces de déconfinement, le retour à l’école dans plusieurs régions et l’ouverture prochaine des restaurants, le pire de la crise de la COVID-19 semble définitivement derrière nous.

En mai, plusieurs aspects ont fait mal dans le portefeuille des producteurs laitiers du Québec. Après avoir dû jeter du lait et avoir fait des dons historiques de lait à des banques alimentaires de 4,3 millions de litres, les producteurs laitiers ont eu des contraintes importantes à la ferme. Premièrement, fin de la tolérance : les producteurs ne devaient produire que leur quota détenu. De plus, ils ont vu leur droit de produire coupé de 2%. Et puis, le prix du lait payé a diminué de 7$ l’hectolitre.

« Le mois de mai, de mémoire de banquier, c’est un des plus difficiles », raconte Jacques Deblois, directeur principal des relations d’affaires au bureau de Sherbrooke de Financement agricole Canada. Jacques Debois œuvre dans le financement agricole depuis une vingtaine d’années.

Mauvais timing

La crise arrive à un bien mauvais moment alors que l’industrie laitière était déjà fragilisée par la situation économique des dernières années. Depuis 2015-2016, la situation financière des entreprises laitières s’est affaiblie alors que le prix du lait diminuait. Pendant ce temps, le Québec a connu une augmentation importante du nombre de constructions d’étables en raison de l’octroi de quota de production. Le niveau d’endettement des fermes laitières augmentait. L’efficacité des fermes diminuait. Donc, la rentabilité s’est détériorée. En 2018-2019, les taux d’intérêt montaient.

« Ce qui est triste un peu, dit Jacques Debois, c’est qu’enfin, on semblait se sortir un peu de ce tourbillon-là, de cette crise. La fin 2019 avait été assez bien en termes de prix et 2020 s’annonçait très bien. On avait un bon prix du lait. Puis, on renouait avec les dons de quotas. »

Les effets de la COVID-19 se sont fait sentir rapidement. En plus, la crise est arrivée au moment le plus difficile de l’année : les semis. « On est dans un cash flow généralement négatif au printemps », explique Jacques Deblois. Le gel de la première semaine de juin dans certaines régions, comme chez lui en Estrie, ajoute aux difficultés.

Effets variés

Tout en pesant ses mots, Jacques Deblois explique que certaines fermes s’en sortent mieux que d’autres. « C’est du cas par cas, dit-il. Ceux qui étaient dans une situation très forte et qui n’ont pas exagéré dans leur niveau d’endettement s’en sortent relativement bien. Je ne serais pas à l’aise de regarder aucun producteur et lui dire qu’on s’en sort bien.  Je pense qu’il n’y a aucune entreprise qui s’en sort bien pour le mois de mai. »

L’effet de la baisse du prix du lait, de la fin de la tolérance et de la coupure de quota peut signifier « le coup de grâce » pour certaines entreprises laitières. Pour les autres, c’est un « coup de poing dans le ventre »

Comment s’en sortir financièrement?

  1. Gestion des dépenses

« C’est le temps d’être encore plus efficace », explique Jacques Deblois. Il explique que certaines entreprises ont encore des points à améliorer au niveau de la gestion des dépenses. Il faut chercher les points d’efficacité qui pourraient être gagnés. « C’est peut-être le temps d’être un peu plus agressif là-dessus », dit-il.

  1. Flux de liquidités

« Je pense qu’il ne faut pas perdre le contrôle sur les liquidités », ajoute-t-il. Les institutions offrent des congés en capital. C’est certain que ça retarde le remboursement de la dette, mais ça permet aussi de rester en opération aujourd’hui. Si après quelques mois, vous vous rendez compte que vous n’en avez plus besoin, vous pouvez en informer votre banquier.

« On a une période plus difficile à traverser, ajoute-t-il. Pour ces entreprises-là, le nerf de la guerre, ça va être les liquidités, le fond de roulement. »

  1. Gérer son stress

« Il faut garder le stress à un niveau gérable, explique-il. Il faut garder le moral. » La crise actuelle est causée par un élément externe à l’entreprise et est temporaire. Il faut donc regarder ce qui va bien dans l’entreprise. Il faut mettre le focus sur son plan de match et en discuter avec son banquier ou son conseiller en gestion. Des fois, juste parler, ça fait du bien.

Espoir en vue

Les producteurs ne jettent plus de lait. Ils se sont même fait octroyer une journée de plus de production pour juin. C’est environ 3% d’augmentation de la production. Les enfants ont recommencé l’école, ce qui a eu un impact sur la vente de yogourt. Les restaurants vont commencer à rouvrir dès le 15 juin.

« Dieu merci, on s’en vient du bon bord, mais au final, à cause du début d’année difficile, on va s’en ressentir dans les finances de 2020 », dit Jacques Deblois.

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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