Les biofilms, ces incontournables dans les élevages

Voici deux bonnes questions qui vous aideront à comprendre ce que sont les biofilms et pourquoi il faut s’en préoccuper.

Qu’est-ce qu’un biofilm ?

«C’est une communauté de bactéries dans une matrice », décrit Marie Archambault, professeure en bactériologie à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. «Le biofilm est un mécanisme de survie pour les bactéries », explique Mario Jacques, professeur en microbiologie à la même Faculté. En fait, les scientifiques considèrent que 80% des bactéries de la planète résident sous forme de biofilm.

Lors de la formation d’un biofilm, les bactéries se collent sur une surface, que ce soit du matériel inerte ou vivant. Puis, les bactéries s’agglutinent ensemble et forment des petites colonies. Elles produisent une matrice qui les protège. Puis, d’autres types de bactéries peuvent s’y coller. Finalement, la matrice relâche des bactéries qui auront le potentiel de former un biofilm sur une autre surface. Pour mieux comprendre, pensez à la plaque dentaire qui se dépose sur vos dents. Il s’agit d’un biofilm.

Pourquoi doit-on se préoccuper des biofilms dans les fermes d’élevage ?

«Premièrement, parce que les biofilms renferment différents microorganismes – bactéries et algues – qui peuvent altérer la flore intestinale des animaux, en particulier les jeunes qui n’ont pas une flore bien établie », explique Daniel Venne, médecine vétérinaire au Couvoir Scott.

Deuxièmement, les bactéries présentes dans les biofilms sont plus susceptibles de développer de la résistance aux antibiotiques. En production porcine et avicole, c’est une préoccupation parce que les antibiotiques sont souvent administrés dans l’eau d’abreuvement.

«Les bactérie dans les biofilms sont 1000 fois capables de développer de la résistance aux antibiotiques comparativement aux bactéries libres, explique Daniel Venne. C’est parce que les bactéries présentes dans les biofilms sont en couches. L’antibiotique est filtré et les bactéries reçoivent des plus petites doses d’antibiotiques, ce qui les rend plus aptes à développer de la résistance. »

Troisièmement, les biofilms peuvent cacher certains pathogènes. Les tests d’eau fréquemment utilisés détectent mal les pathogènes cachés dans les biofilms. « Avec un test de base, on peut avoir des faux négatifs, explique Daniel Venne. Ce n’est pas parce que le test est négatif qu’il n’y en a pas. C’est pour ça que ça prend un deuxième test (test bactériologique BHAA). » Ce test évalue les unités formatrices de colonies.

Quatrièmement, un biofilm obstrue les conduites d’eau, ce qui peut amener des problèmes de débits d’eau et même faire fuir les pipettes. « Et donc, ça occasionne des litières humides », dit Daniel Venne.

Cinquièmement, même avec une bonne stratégie de lavage et de désinfection, s’il reste du biofilm, il restera des bactéries pouvant développer à nouveau du biofilm. Les bactéries restent donc présentes dans l’élevage.

Cet article est un court extrait d’un article plus complet sur les biofilms. Vous retrouverez l’article 7 questions sur les biofilms à la page 33 de la version papier du magazine Le Bulletin des agriculteurs du mois de novembre 2017.

 

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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