L’incertitude plombe le prix du porc

Une possible baisse importante de la capacité d’abattage inquiète les marchés

Les marchés boursiers n’aiment pas l’incertitude et c’est ce que l’on vit dans cette crise causée par la COVID-19. « La panique a commencé lors de l’annonce de fermeture de l’abattoir de Yamachiche », explique le stratège de marché Gabriel Joubert-Séguin, de RJO’Brien.

En fait, même si quelques abattoirs de porcs et de bœufs ont annoncé une fermeture temporaire, la capacité d’abattage est actuellement suffisante. C’est le climat d’incertitude qui a fait chuter le prix du porc à la bourse.

« Si deux ou trois abattoirs ferment, comme maintenant, ça va, dit Gabriel Joubert-Séguin. Mais dans deux ou trois semaines, ça va être quoi? »

On se retrouverait avec deux marchés aux antipodes, celui de l’animal vivant et celui des coupes de viandes sorties de l’abattoir. Par crainte de ne pas pouvoir abattre tous les porcs prêts pour l’abattage, les prix des animaux vivants chuteraient drastiquement. Mais si les abattoirs n’arrivent pas à fournir la demande, les prix des découpes vont exploser.

Cependant, la récente convention de mise en marché avantagera les producteurs québécois puisque 90% de leur paye est en fonction du prix de découpe. « La catastrophe qu’on voit aux États-Unis pourrait être évitée », dit Gabriel Joubert-Séguin.

Bœuf

Également transigé à la bourse, le secteur du bœuf est un peu moins affecté. C’est que dans le secteur porcin, tout est synchronisé, de la naissance des porcelets jusqu’à l’abattage. La structure des entreprises bovines fait en sorte qu’elles ont l’habitude de garder des animaux pour profiter des meilleurs prix. Leur capacité d’attendre la réouverture d’un abattoir fermé est donc plus grande.

Exportations

Les demandes de viande de la Chine est très élevée. Les exportations de viande de porc des États-Unis vers la Chine et ailleurs sont à des niveaux records.

Effet sur les coupes

La demande de viande est là, mais les consommateurs ne mangent plus les mêmes coupes puisqu’ils ne vont plus au restaurant et qu’ils cuisinent leur nourriture. Un exemple, c’est le bacon. Cette coupe est surtout mangée au restaurant. C’est pourquoi son prix a chuté depuis le début de la crise.

La bonne nouvelle, c’est que l’effet devrait revenir à la normale dès que le climat d’incertitude sera passé et que les gens retourneront à une vie plus normale.

L’après COVID-19

« Il n’y a pas de problème actuellement, résume Gabriel Joubert-Séguin. C’est l’inquiétude qui fait varier les prix. »

Cependant, une crise économique qui perdure après la période de confinement pourrait affecter le prix de la viande de bœuf qui est vue comme une viande de luxe.

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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