Porc : entre expectative et bonnes nouvelles

Les Éleveurs de porcs attendent avec impatience la décision de la Régie des marchés agricoles au sujet de la formule de prix

Alors que les Éleveurs de porcs du Québec imploraient Olymel d’abattre leurs porcs en priorité, la société en commandite, propriété des producteurs agricoles par l’entremise de Sollio Agriculture, priorisait le profit, selon l’agroéconomiste Anthony Lévesque.

L’agronome Anthony Lévesque suit le cours des marchés du porc pour les Consultants Denis Champagne, en Chaudière-Appalache. En entrevue, il explique que la décision d’Olymel de contester la formule de prix et de prioriser les porcs de l’Ontario au lieu des porcs du Québec était économique.

Les 28 et 29 mai dernier, Olymel et les Éleveurs de porcs se sont retrouvés devant la Régie des marchés agricoles. Olymel conteste la formule de prix en vigueur depuis un an. Dans cette formule, 90% du prix payé au producteur est basé sur le prix de la carcasse reconstituée. Olymel a demandé que 75% du prix soit basé sur le prix de l’animal vivant. En attendant la décision mercredi prochain, 10 juin, la Régie a coupé la poire en deux en octroyant un prix basé à 50% sur le prix des animaux vivants et à 50% sur la valeur de la découpe reconstituée, plus 2$ de prime.

Avec la fermeture des abattoirs en Amérique du Nord, le nombre de porcs en attente d’un côté et la crainte de rareté de la viande de l’autre faisait en sorte que la différence de prix entre le prix payé aux producteurs et les découpes était énorme.

« Les abattoirs ont rouverts aux États-Unis. Ça s’est stabilisé. On revient à la normale », explique Anthony Lévesque.

Toutefois, pendant que le nombre de porcs en attente augmentait, plusieurs producteurs de porcs critiquaient la décision d’Olymel d’abattre des porcs de l’Ontario. Anthony Lévesque explique que la contrainte de payer les porcs selon le prix de découpe n’existait pas en Ontario. Il devenait donc très intéressant pour Olymel d’abattre des porcs de l’Ontario. « Eux, ils (les dirigeants d’Olymel) ont focussé sur le prix et nous (les producteurs de porcs), on était fixé sur les porcs en attente », explique Anthony Lévesque.

L’augmentation du poids des porcs a eu un impact important dans les élevages. Les installations ne sont pas prévues pour de gros porcs. « On a sorti des porcs jusqu’à 145-146 kilogrammes », dit-il à propos des élevages appartenant aux Consultants Denis Champagne.

Autre élément, la situation économique n’est pas facile pour les producteurs de porcs. Les prix à la bourse ne sont pas bons. « Je suis rendu à faire de la spéculation », explique l’agroéconomiste. Le prix à la bourse est tellement bas qu’il achète des porcs à la bourse en espérant qu’il remonte par la suite.

Malgré tout, il explique que les Consultants Denis Champagne travaille avec des mordus de la production porcine qui sont intéressés à continuer à travailler dans le domaine. Il estime cependant que certains producteurs pourraient devoir quitter la production en raison de la crise.

Bonnes nouvelles!

Les deux bonnes nouvelles de la semaine, ce sont le nombre de porcs en attente qui diminue et le poids des porcs qui a descendu de 1,1 kilogramme. Dans un Facebook Live vendredi 5 juin, le président des Éleveurs de porcs, David Duval, a remercié les travailleurs des usines qui permettent de diminuer le nombre de porcs en attente, en particulier pour le temps supplémentaire fait le samedi 30 mai.

« Nous sommes très contents du temps supplémentaire qui a été fait par les travailleurs des usines, a-t-il dit. Je tiens sincèrement à les remercier. Ils ont fait un travail remarquable. C’est en partie grâce à eux que nous allons nous en sortir. Encore merci au nom de tous les producteurs de porcs. »

David Duval se montre optimiste et espère que le nombre de porcs en attente diminue à 40 000 avant la fin juin, en prévision des congés fériés et des chaleurs d’été. Le nombre tourne autour de 100 000 porcs actuellement.

En parallèle, les Éleveurs de porcs attendent avec impatience deux décisions de la Régie des marchés agricoles. L’une pour forcer Viande DuBreton à abattre les porcs de cinq producteurs tel que prévus dans la convention collective. L’autre au sujet du différend avec Olymel sur la formule de prix.

Dans son message, David Duval ne cible pas Olymel, mais il parle plutôt de l’importance de travailler ensemble. «Et je pense que les producteurs l’ont clairement fait les dernières semaines», a-t-il dit.

Le président des Éleveurs de porcs implore aussi les gouvernements d’aider le secteur à faire face à cette crise sans précédent.

 

 

 

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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