Pouvons-nous réduire la douleur liée à la castration?

Une recherche récente a été menée au Canada

La castration des veaux mâles est une pratique courante et douloureuse. Dans les 10 dernières années, des produits de contrôle de la douleur pratiques, abordables et efficaces comme le méloxicam sont devenus disponibles.

Une étude menée en 2019 au Canada a démontré que plus de la moitié des producteurs vache-veau de l’Ontario, près de 70% des provinces atlantiques et plus de 90% de l’Ouest canadien, castrent les veaux avant 3 mois d’âge.

Une équipe de recherche d’Agriculture et Agroalimentaire Canada à Lethbridge, menée par la Dr Karen Schwartzkopf-Genswein, a récemment évalué si le méloxicam aide les veaux d’une semaine à faire face à la douleur aiguë et chronique causée par la castration (Journal of Animal Science96: 1268-1280 et 96: 4136-4148).

Pour cette étude, ils ont divisé les veaux mâles croisés Angus d’une semaine d’âge en trois groupes de 24 animaux chacun. Le premier groupe a été castré au couteau. Le deuxième groupe a été castré par élastique. Dans le troisième groupe, le scrotum a été manipulé pour la même durée que les deux autres groupes, mais il n’y a pas eu de castration. La moitié des veaux de chaque groupe a reçu une injection de Metacam, alors que l’autre moitié a reçu un placebo.

La douleur aiguë a été évaluée à l’aide de mesures intensives de la douleur physiologique et comportementale recueillies la veille de la castration, pendant la castration, les heures immédiatement après et la première semaine après la castration. La douleur chronique et l’enflure et la guérison du scrotum ont été évaluées à l’aide de mesures hebdomadaires physiologiques et comportementales recueillies au cours des sept semaines suivantes. Le poids des veaux a été surveillé pendant deux mois.

Durant la première semaine, la douleur aiguë était plus apparente chez les veaux castrés au couteau que chez les veaux bagués, et plus élevée chez les veaux castrés que chez les veaux témoins. Le méloxicam a aidé les veaux castrés à réagir davantage comme les veaux non castrés. Les signes de douleur aiguë de castration sont subtils chez les veaux nouveau-nés, mais ils le ressentent et le méloxicam aide à la réduire.

La douleur chronique, l’enflure, la cicatrisation et la récupération étaient plus prolongées chez les veaux bagués que chez les veaux castrés au couteau. Le méloxicam n’a cependant pas réduit les signes de douleur chronique, car il est complètement éliminé du corps de l’animal environ quatre jours et demi après l’injection.

Les performances étaient les mêmes pour les veaux castrés, bagués et témoins au couteau au cours des deux premiers mois. Les veaux qui ont reçu du méloxicam n’ont pas grandi plus vite ni pesé plus que ceux qui n’en ont pas reçu.

Selon les chercheurs, la castration provoque trois types de douleur indépendamment de l’âge ou de la méthode. La castration fait mal dans les moments où le couteau coupe ou encore lorsque la bande élastique est appliquée (douleur procédurale). Elle fait mal dans les heures ou les jours suivants en raison de l’inflammation et du gonflement (douleur aiguë). Elle fait aussi mal dans les jours et les semaines après que le l’animal se remet de la chirurgie ou au fur et à mesure que le scrotum se détend (douleur chronique).

Les médicaments comme le méloxicam n’éliminent pas la douleur procédurale – qui nécessite un médicament anesthésique. Les anesthésiques actuels doivent être administrés jusqu’à 20 minutes à l’avance avant de faire effet. Les médicaments inflammatoires non stéroïdiens comme le méloxicam disparaissent bien avant la fin de la douleur chronique. Mais cette recherche et d’autres montrent que ces médicaments aident à gérer la douleur aiguë dans les heures et les jours suivant la castration.

D’autres produits de contrôle de la douleur sont disponibles au Canada, notamment une banamine à verser. Leur efficacité pour gérer la douleur de castration n’a pas été étudiée de manière aussi approfondie que le méloxicam, principalement parce qu’ils sont arrivés sur le marché après le début de cette recherche.

La recherche canadienne n’a montré aucun avantage sur le plan de la performance de l’utilisation des analgésiques. Mais les producteurs rapportent toujours de réels avantages. Le mollet fait moins mal, évidemment. Les producteurs rapportent également que les veaux qui reçoivent des analgésiques à la castration sont plus vivants, se déplacent plus facilement et se lèvent plus rapidement. C’est bénéfique à tout moment, mais c’est probablement le plus important au début de la vie.

Cet article est une adaptation de l’article Can We Reduce Castration Pain In Week-Old Calves? publié dans le numéro de mars du Canadian Cattleman.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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