Production de poulet: Tout commence au jour zéro

Pour un bon départ des poulets, il faut être prêt à permettre aux poussins de bien performer dès leur arrivée au poulailler.

Il y a des petits détails qui n’échappent pas à l’oreille attentive d’un éleveur. «Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais lorsqu’on est entrés, on entendait les poussins roucouler», dit Bernard Martel, copropriétaire et responsable des élevages à la Ferme des Voltigeurs. « C’est signe qu’ils sont biens.»

Dans le poulailler visité, les poussins sont arrivés la veille. Ces premières heures dans le poulailler sont les plus importantes pour le succès de la suite de l’élevage. «Peu importe que ce soit pour le sans antibiotiques ou non, le démarrage des poussins, c’est hyper important», dit Bernard Martel. Une entreprise qui produit, abat, transforme et met en marché des poulets, comme la Ferme des Voltigeurs, fonctionne au quart de tour. Chaque étape est planifiée longtemps d’avance. Chaque semaine, des poussins entrent dans des poulaillers et chaque semaine, des poulets sont mis en marché. «Ce n’est pas qu’on veut maximiser le poids, explique Bernard Martel. Ce qu’on veut, c’est l’uniformité pour la mise en marché.»

La Ferme des Voltigeurs met en marché deux produits sous sa marque de commerce. Le poulet de grain végétal sans sous-produits animaux est produit par l’entreprise. Ce poulet représente la majorité des ventes. De 12% à 15% du volume hebdomadaire est du poulet biologique produit par des éleveurs partenaires. Un petit volume, de 5 % à 10 %, est du poulet conventionnel, mais cette part tend à diminuer et n’est pas identifiée Ferme des Voltigeurs. Le protocole d’entrée des poussins utilisé à la Ferme des Voltigeurs est inspiré du Poulet Podium des Éleveurs de volailles du Québec.

La vérification de la pression d’eau fait partie de la routine de départ.
photo: Marie-Josée Parent

Avant l’arrivée

Deux jours avant l’arrivée, le poulailler est préparé. La poussière est retirée des équipements, la litière est étendue et les lignes d’eau sont désinfectées. Les unités de chauffage sont inspectées pour être certain que la chaleur soit bien répartie dans le bâtiment et elles sont démarrées pour bien chauffer l’environnement avant l’arrivée des poussins. «On ne peut pas se permettre qu’une ou deux unités ne fonctionnent pas», explique Bernard Martel. Du papier est déroulé à l’endroit où seront déposés les poussins, entre les mangeoires et les abreuvoirs, près des unités de chauffage. De la moulée y est déposée. De plus, des boîtes de carton y sont ajoutées et elles sont remplies de nourriture.

Jour 0

Le matin avant l’arrivée des poussins, les lignes d’eau sont vidées pour nettoyer les conduits et s’assurer qu’il ne reste pas de désinfectant. Les poussins sont déposés sur le papier et dans les boîtes de carton, directement sur la nourriture. La hauteur des abreuvoirs est vérifiée, ainsi que le débit d’eau. La température du poulailler est aussi vérifiée. La zone de départ représente environ la moitié de la superficie du poulailler. Seule cette zone est éclairée.

Les poussins sont déposés sur la moulée pour s’assurer qu’ils mangent rapidement. Ensuite, ils se déplacent vers les mangeoires et les abreuvoirs à proximité.
photo: Marie-Josée Parent

1re tournée

Environ 5 à 6 heures après l’arrivée des poussins, c’est déjà la première tournée. «On fait une vérification des poussins pour voir si tout va bien», explique Bernard Martel. Pour s’assurer qu’ils sont biens, la température rectale est prise chez quelques poussins. «Si la température est de moins de 40°C, on va monter la consigne de température d’environ 1°C», dit Bernard Martel. Les poussins égarés sont ramenés dans la zone de départ pour être certain qu’ils aient à manger, à boire et que la température soit adéquate pour eux. Les ventilateurs sont aussi vérifiés puisque ce sont eux qui sortiront les gaz.

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Jour 1

Les deux lignes d’eau en dehors de la zone de départ sont vidées. Tous les équipements du poulailler sont mis en fonction. L’éclairage est allumé partout. Chaque journée dans les huit premiers jours, les lignes d’eau sont vidées partiellement et de la moulée est ajoutée dans les boîtes de carton. À sept jours, les poussins ont presque quadruplé leur poids, passant de 40g à 50g à l’éclosion, à environ 200 g à sept jours. À partir de ce jour, les poussins ont droit à sept heures de noirceur.

Les poulaillers sont pourvus de plusieurs sondes (température, humidité et CO2) et de balances. La sonde à CO2 n’est utilisée qu’à partir d’une semaine d’âge. Les sondes sont reliées au système de contrôle de ventilation, lequel est accessible par Internet. Durant tout l’élevage, les poulaillers sont visités au moins deux fois par jour.

En raison de la mise en marché choisie par la Ferme des Voltigeurs, la moulée est un peu moins performante et les poulets prennent un peu plus de temps pour atteindre le poids désiré. À 40 ou 42 jours, ils ont de 2,6kg à 2,7kg et à 56 jours, ils ont de 4kg à 4,25kg.Tous les poulets sont mâles, pour une question de disposition du gras.

Pour la Ferme des Voltigeurs, les soins apportés lors du démarrage font partie de la routine depuis quelques années et sont là pour rester. «Quand on s’assure d’un bon démarrage, c’est rare qu’on va appeler le technicien (du couvoir) parce qu’il y a un problème de mortalité», dit Bernard Martel. «On a un peu plus de contrôle sur nos éle- vages.» Le bon poids et l’uniformité sont au rendez-vous, et le consommateur est content de la qualité du produit.

 

La version originale de cet article a été publié dans l’édition de novembre 2019 du Bulletin des agriculteurs.

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à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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