Retarder l’insémination des vaches en stress métabolique

S’assurer que les vaches ont retrouvé l’équilibre énergétique avant de procéder à l’insémination permettrait d’éviter une « programmation » défavorable des embryons

Allonger la période d’attente volontaire entre la mise bas et la prochaine insémination afin de s’assurer que les vaches ont retrouvé l’équilibre énergétique permettrait d’éviter une « programmation » défavorable des embryons, et ce, avec un impact négligeable sur le bénéfice net à l’échelle du troupeau.

En début de lactation, la vache subit un stress important parce qu’elle n’arrive pas à combler l’ensemble de ses besoins énergétiques par son alimentation. Elle puise alors dans ses réserves lipidiques. On évalue la gravité de cette situation en mesurant, dans le sang ou le lait de l’animal, le niveau d’un corps cétonique produit pendant ce processus, le ß-hydroxybutyrate (BHB). Le niveau de BHB révèle un problème lorsqu’il est supérieur à 1,2mM/L dans le sang et à 0,15mM/L dans le lait. Une telle période de déficit énergétique est notamment associée à une diminution de la fertilité de la vache et à un fonctionnement ovarien perturbé, ce qui nuit au succès d’une nouvelle gestation et occasionne des coûts importants pour les producteurs. Et ce n’est pas le seul hic : si l’embryon se forme pendant cette période critique, il en subira des conséquences, nous apprennent les épigénéticiens.

Une analyse épigénétique

L’épigénétique est une science en émergence qui étudie comment l’environnement peut modifier les gènes hérités à la conception. Le chercheur Marc-André Sirard, de l’Université Laval, s’est attardé à l’effet épigénétique du déficit énergétique chez les vaches. Celles qui ont « faim » au moment de l’insémination donnent-elles naissance à des femelles moins efficaces à produire du lait??

Pour le savoir, l’équipe de recherche a comparé des embryons de vaches à haut ou à bas niveau de BHB au jour 45 après le vêlage. Les embryons des deux groupes avaient été récoltés 60 jours après le dernier vêlage de leur génitrice, ce qui correspond à la période d’attente volontaire généralement observée dans les élevages.

Résultat : les embryons de vaches à haut niveau de BHB ont présenté une altération métabolique qui les conditionne à faire des réserves pour affronter des périodes de stress. Les embryons tentent ainsi de s’adapter à ce milieu défavorable à leur développement. De plus, l’apparition de marques distinctes sur leur génome indique que l’information génétique acquise par les embryons évoluant dans un environnement riche en BHB, peut persister jusqu’à l’âge adulte. S’assurer que les vaches ont retrouvé l’équilibre énergétique avant de procéder à l’insémination permettrait donc d’éviter une « programmation » défavorable des embryons.

Quel impact sur le portefeuille?

L’équipe a aussi mesuré l’impact économique de repousser l’insémination à plus de 100 jours après le vêlage pour les vaches montrant un taux de BHB élevé. Elle a modélisé trois fermes types avec des niveaux différents de production à partir de données compilées par Lactanet sur cinq ans. Les chiffres portaient sur le nombre de lactations, le niveau de la production annuelle, le moment de la première saillie et le taux de BHB dans le lait au premier contrôle. L’analyse a montré une augmentation du prix du lait, le produit affichant une teneur supérieure en composants, mais une diminution du nombre de veaux vendus. Dans les trois fermes types, retarder l’insémination n’a eu qu’un effet minime (entre -4 $ et +8 $) sur le bénéfice net annuel par vache.

La prévention reste le meilleur moyen d’éviter le stress métabolique chez les vaches. Lorsqu’il survient, les niveaux de BHB dans le sang ou le lait pourraient toutefois devenir un indicateur du moment le plus indiqué pour la saillie d’une vache en déficit énergétique. Avec un impact négligeable sur le bénéfice net à l’échelle du troupeau sur une année, allonger la période d’attente volontaire pour les vaches en stress métabolique pourrait aussi être bénéfique pour la gestion de la reproduction et pour les génisses à naître.

Source : Novalait

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