Choisir le bon pneu pour diminuer la compaction du sol

par Philippe Nieuwenhof

Au Québec, la compaction cause des pertes annuelles de plus de 100 millions de dollars. C’était la constatation d’études sur les effets de la compaction dès les années 1980. Le souci de minimiser les ravages de cette bête noire est maintenant un réflexe répandu. Une des principales solutions est l’usage adéquat des pneus sur les équipements agricoles.

Trois types

On peut catégoriser la compaction en trois genres, celle de surface (0 à 20 cm), la semelle de labour (20 à 25 cm) et la compaction du sous-sol (25 cm et plus). Leurs causes varient et les remèdes aussi.

La compaction de surface est moins dommageable. Les principales causes sont les pneus improprement gonflés, le travail excessif du sol et surtout le trafic de la machinerie. La semelle de labour provient du travail de sol répété à la même profondeur. La compaction du sous-sol survient surtout quand la charge de l’essieu est excessive. Ses effets sont quasi permanents et très nuisibles.

Équipements bien chaussés

Bien chausser ses équipements devrait figurer en priorité lors de leur achat. La technologie des pneumatiques évolue rapidement. Il ne faut pas hésiter à consulter l’expertise des fabricants.

Pour contrer la compaction, une des clés consiste à réduire la pression exercée au sol. Celle-ci se définit par une charge (poids) appliquée sur une surface.

Voici comment on peut réduire cette pression :

— Choisir des pneus de construction radiale : Ils sont de loin supérieurs à tout autre pneu pour les applications agricoles. La souplesse de leurs flancs permet de distribuer la charge sur de plus grandes surfaces et de porter un poids plus important à une plus faible pression d’air. Les dernières générations de pneus ultra-flexibles valent leur surcoût à l’achat.

— Le plus grand possible : De grandes roues augmentent la surface de contact, réduisant ainsi la pression au sol. Favoriser les pneus de grands diamètres : un plus grand diamètre de pneu est plus bénéfique qu’un pneu plus large.

— La bonne pression d’air : La force exercée sur l’empreinte du pneu n’est pas constante. Une pression d’air trop faible crée des pics de charge vis-à-vis des flancs du pneu, en plus d’accélérer l’usure. L’inverse crée une zone de compression dans le centre de l’empreinte.

La pression adéquate dépend de la masse supportée et de la vitesse de roulement. Des chartes de gonflage contenant ces données se retrouvent sur le site web de la plupart des fabricants. Faire un détour par la balance commerciale la plus près avec le tracteur et les équipements portés s’avère un bon investissement. En connaissant précisément le poids de chaque essieu, on peut mieux calibrer le gonflage pour chaque tâche.

— Le jumelage (roues doubles) : Différentes études de l’ASABE (American Society of Agricultural & Biosystems Engineers) suggèrent de restreindre la pression d’air de 6 à 12 psi pour limiter la compaction. Le jumelage devient une bonne stratégie pour de lourdes charges. Cependant, ajouter une paire de roues peut causer un faux sentiment de sécurité. Trop gonflées ou de faible qualité de construction, les roues doubles peuvent causer plus de compaction qu’un bon pneu simple chargé et gonflé correctement. Sur les remorques, ajouter des essieux rétrécit la zone compactée. Environ 75 % de la compaction s’effectue au premier passage, mais les passages répétés l’augmentent en profondeur.

— Pas seulement les tracteurs : On pense généralement à bien chausser un tracteur. Or, économiser sur le train de roues des remorques, épandeurs ou autres équipements peut anéantir tous ces efforts. La compaction de profondeur s’accentue quand la charge par essieu dépasse 7 à 10 tonnes. Les remorques à grain (grain cart), par exemple, occasionnent des charges pouvant dépasser 20 tonnes et peuvent causer des dommages irréversibles. Même bien répartie, une lourde charge causera tout de même de la compaction en profondeur.

Enfin, les miracles n’existent pas. Peu importe la qualité des pneumatiques, rien n’empêchera la compaction dans un sol trop humide…

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