Ligne de temps

En attendant que la tempête passe…

Il y a quelque chose d’irréel ces jours-ci à surveiller le prix du maïs à la bourse. On peut bien comprendre qu’avec les excellentes conditions présentement aux États-Unis, l’idée de rendements peut-être même record de nouveau, et pas de menace météo concrète à l’horizon, les prix s’effondrent. Ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se produit en plein mois de juillet et ce ne sera certainement pas la dernière. Par contre, tout ceci ne tient pas nécessairement très bien la route.

Oui, quand on sait que la prochaine récolte américaine de maïs pourrait être mieux que prévue, on comprend la faiblesse des prix. Par contre, les superficies cultivées sont moins importantes cette année et, à défaut d’un rendement record particulièrement remarquable (plus de 179 à 180 bo./acre ou encore 11,2-11,3 tonnes/ha), la production américaine de maïs de cette année devrait quand même reculer. Pas énormément, mais à tout le moins un peu.

La consommation et les exportations américaines combinées, les projections actuelles suggèrent aussi un recul de la demande pour le maïs américain au cours de la prochaine année. Mais, considérant l’offre moins importante, les stocks américains devraient quand même de nouveau reculer l’an prochain, et surtout, le nombre de jours de réserve afficher un bon recul.

Reserves-aux-Etats-Unis

Si on jette un coup au graphique qui établit la relation entre les prix à la bourse et ce nombre de jours de réserve depuis le début des années 2000, on constate alors qu’il y a quelque chose qui accroche. En effet, avec moins de 40 jours de réserve de prévus pour l’an prochain, l’année 2018-19 pourrait figurer parmi les 6 années depuis près de deux décennies où la disponibilité de maïs aura été à son plus serré. À noter d’ailleurs que de ces 6 années, 4 sont celles de la fameuse période de 2010 à 2013 où les prix avaient bondi à la bourse à des niveaux record. Fait aussi intéressant, l’année 2007-2008 qui avait vu le prix du maïs à Chicago grimper alors à un sommet de 7,79 $US/bo. avait un nombre de jours de réserve plus élevé que celui prévu pour l’an prochain à 47 jours.

Bien sûr, et avec raison, certains diront que ces chiffres se basent sur un rendement moyen américain toujours anticipé pour le moment à seulement 174 boisseaux/acre. Vrai, et ceci suggère en effet que nous pourrions nous retrouver dans quelques semaines avec un nombre de jours de réserve américain plus confortable qui ne justifie pas nécessairement de prix beaucoup plus élevé.

Mais, si on pousse ensuite notre réflexion davantage en jetant ensuite un coup d’œil aux perspectives dans le monde, il devient alors très difficile de dire que même avec une meilleure récolte américaine, le contexte ne sera pas plus serré au cours de la prochaine année.

Reserves-dans-le-monde

En effet, de 66 jours de réserve cette année (2017-18), nous passerions pour la prochaine année (2018-19) à un « creux inégalé depuis le début des années 2000 de seulement 51 jours. En d’autres mots, même la fameuse sécheresse de 2012 aux États-Unis n’avait pas réduit autant la disponibilité de maïs dans le monde. Ce n’est pas rien…

À la lueur de ces chiffres, pas surprenant que plusieurs analystes s’interrogent à regarder le prix du maïs poursuivre son recul, ceux-ci n’hésitant pas à dire qu’un rebond intéressant est à prévoir tôt ou tard. Du bout des lèvres, certains murmure même que nous pourrions assister à tout un rallye. Bien sûr, la question est à savoir quand?

Personnellement, je crois qu’à court terme, si la météo américaine reste aussi favorable et qu’en plus, les États-Unis continuent d’attiser les tensions commerciales avec plusieurs pays, spécialement la Chine, se sera difficile. Les spéculateurs étant également très centrés sur le profit à court terme, ceux-ci ont encore le beau jeu à écraser les prix tant que les rumeurs de rendements record américains circuleront, ce qui pourrait durer au moins jusqu’en août, ou même septembre prochain. Ensuite, avec l’arrivée des récoltes américaines, nous pourrions alors assister à un raffermissement des prix, surtout si le début de saison en Amérique du Sud se veut difficile.

En attendant, il faut s’armer de patience, le temps que la tempête passe.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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