De retour au Québec, les producteurs de porcs Claude-Émilie Canuel et Louis-Philippe Roy de la Ferme Les Cochons du Roy de Saint-Michel-de-Bellechasse, sont revenus déçus de leur voyage au Danemark en novembre dernier.
« L’objectif à la base était d’aller voir des producteurs qui étaient considérés comme les meilleurs au monde, aller voir la régie d’élevage pour nous-mêmes. Après ça, améliorer nos performances au niveau de la ferme », explique en entrevue Louis-Philippe Roy qui est aussi président des Éleveurs de porcs du Québec.
Sa conjointe Claude-Émilie Canuel ajoute qu’ils voulaient voir également ce qu’ils faisaient de mieux en bien-être animal et en environnement. « Parce qu’on se fait vendre qu’au Danemark, ils sont plus avancés dans un peu tout », dit-elle.
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Claude-Émilie Canuel et Louis-Philippe Roy sont des producteurs de porcs de type naisseurs-finisseurs très performants. Ils cherchent constamment à s’améliorer. L’année précédente, ils avaient visité des fermes du Brésil. À l’automne 2025, ils avaient choisi le Danemark.
Ils ont visité trois maternités et un site d’engraissement. Deux de ces maternités avaient une pouponnière et l’autre maternité avait l’engraissement à part.
Enfreindre les règles
« Ils ont des règles en place, mais ce ne sont pas les producteurs qui les veulent, explique Claude-Émilie Canuel. Elles sont imposées. Donc, les producteurs jouent avec parce qu’ils n’ont pas le choix. »
Louis-Philippe Roy ajoute qu’ils contournent les règles dès qu’ils le peuvent. « Ils vont contourner les règles avec des explications. Mais ils contournent quand même les règles », dit-il.
Il cite l’exemple d’une ferme porcine où les queues étaient aussi courtes qu’au Québec. Au Danemark, ils ont le droit de couper les queues, mais moins qu’au Québec.
Après avoir fait la remarque au producteur, ce dernier les a amenés dans une autre section où des porcs démontraient la présence de mordillage de queues.
« Dans ce cas-là, il appelle son vétérinaire, raconte Louis-Philippe Roy. “Les parcs où il y en a qui se mangent la queue, signe-moi un papier pour que je puisse couper les queues plus courtes”. »
Une même dynamique a lieu si le producteur souhaite utiliser des antibiotiques.
« Les antibiotiques, normalement, ils n’en mettent pas, mais si dans certains cas pour sauver des porcelets ou des truies, ils vont en donner quand même. On pensait qu’ils étaient exempts, qu’ils n’en avaient pas du tout », raconte Claude-Émilie Canuel.

Autre exemple : l’âge au sevrage. Ils s’étaient fait dire que les porcelets ne pouvaient pas être sevrés avant 21 jours. En regardant des portées, ils remarquent des porcelets de 14 jours qui seront sevrés. L’employé leur explique que si l’inspecteur passe, ils lui expliqueront que les truies avaient trop de porcelets et qu’ils n’avaient pas le choix.
Autre règle transgressée, la castration qui est interdite au Danemark. Ils ont toutefois constaté que les porcelets danois qui seront engraissés en Allemagne et en Pologne, soit environ la moitié des porcelets, sont castrés comme chez nous.
« Sauf que le message que le Danemark nous envoie, c’est : “Il n’y a pas de castration. C’est juste de la castration chimique qu’on utilise.” En pratique, ce n’est pas ça », dit Louis-Philippe Roy.
Régie différente
Autre élément, ils peuvent visiter une nouvelle ferme seulement 12 heures après avoir quitté une ferme porcine. Au Québec, c’est entre 48 à 72 heures, en raison des risques de transmission du syndrome reproducteur et respiratoire porcine (SRRP).
« On peut aller sur une ferme une journée et aller sur une autre le lendemain, raconte Claude-Émilie Canuel. On a fait quatre fermes en quatre jours. Ici, ce ne serait pas possible. Ce n’est pas un enjeu pour les maladies là-bas. »
Louis-Philippe Roy explique que les souches de SRRP sont beaucoup plus virulentes chez nous qu’au Danemark.
Outre les règles, la régie d’élevage est bien différente. Ils ont beaucoup d’employés pour sauver le grand nombre de porcelets que la génétique porcine prolifique leur procure.
Claude-Émilie Canuel et Louis-Philippe Roy se sont questionné sur la rentabilité d’une telle pratique.
« Ils ont développé des techniques pour être capables de sauver le plus de porcelets possible, explique Claude-Émilie Canuel. Sauf que les porcelets supplémentaires, ils coûtent combien à produire? Ça, c’est une excellente question. »

Dans leur objectif initial de rapporter des solutions pour leur entreprise, ils n’en ont pas identifié autant qu’ils le croyaient quand ils ont choisi d’aller là-bas.
« Pour l’instant, on a augmenté nos déplacements de porcelets pour mieux équilibrer les portées, dit Louis-Philippe Roy, plus de deux mois après leur retour. On a donné plus de lait aux porcelets pour augmenter le taux de survie. Au final, ça nous prend plus de temps. La première bande, on pense avoir eu une différence, mais la dernière bande, on a eu de la diarrhée chez les porcelets. Ça a été donc plus difficile. »
Toutefois, ils jugent qu’ils n’auraient pas eu besoin d’aller là-bas pour si peu d’améliorations rapportées. Mais s’ils ne l’avaient pas fait, ils ne le sauraient pas.
En tant que président des Éleveurs de porcs du Québec, Louis-Philippe Roy rencontre souvent les gens de la Financière agricole du Québec et du MAPAQ. Depuis leur voyage, il leur raconte à quel point les producteurs de porcs du Québec sont bons.
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