À la Ferme Côtière de Saint-Anicet, en Montérégie, Josiane Carrière et Marc Côté avaient remarqué que le comptage de cellules somatiques montait en fin d’hiver et à l’automne. Rien d’alarmant au point de perdre des vaches, mais quand même troublant. Assez pour poser des questions aux intervenants de la ferme. La vétérinaire a fait des bilans sanguins. Tout était correct de ce côté. Même chose du côté de l’alimentation. Pas de toxines qui auraient pu être la source du problème. «On cherchait partout», raconte Josiane.
À l’été 2024, ils ont fait appel au service de détection de tensions parasites à la ferme offert par le Réseau Agriconseils Mauricie. Un électricien est venu à la ferme et a fait des tests partout dans l’étable. Le problème n’était pas majeur, mais assez pour causer de l’inconfort chez les vaches.
Le problème provenait de deux ventilateurs à vitesse variable. Lorsqu’ils fonctionnaient à pleine vitesse, il n’y avait aucun problème. C’est plutôt à basse vitesse que ce genre de problème survenait. Un courant électrique était détecté par les vaches. On parle alors de tensions parasites.
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Des indicateurs à surveiller
L’expert de référence en tensions parasites pour le MAPAQ, ingénieur et professeur titulaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Kodjo Agbossou, explique qu’un décompte élevé des leucocytes est une des raisons fréquentes de consultation du service de diagnostic.
Il y a aussi d’autres indicateurs qui peuvent laisser présager des problèmes de tensions parasites. C’est le cas notamment d’une baisse de production laitière, d’une fréquence élevée de mammites cliniques ou des données montrant des difficultés de reproduction.
Les réactions négatives des vaches peuvent aussi laisser présager qu’il y a des tensions parasites. Durant la traite, la vache peut être nerveuse, démontrer de la peur et même refuser d’entrer dans la zone de traite. Elle peut aussi ruer au point de détacher la trayeuse. La traite peut être plus longue et inégale selon les quartiers du pis.
D’autres signes peuvent être présents, comme une réduction de la consommation d’eau et d’aliments. Puisque ces réactions peuvent être causées par d’autres sources que les tensions parasites, il est important de faire un diagnostic.
C’est ce que la Ferme Daigale de Saint-Ferdinand, au Centre-du-Québec, a fait sur recommandation du Centre multi-conseils agricoles (CMCA). «Les passages au robot étaient variables», raconte Mikhaël Daigle, copropriétaire avec ses parents Donald Daigle et Marlyne Marcotte.
Certains jours, les vaches y allaient souvent, d’autres non. L’investigation a démontré qu’il y avait des problèmes de mise à la terre. Certains jours, les vaches recevaient des décharges électriques lorsqu’elles se présentaient au robot.
Que sont les tensions parasites?
Pour comprendre ce que sont les tensions parasites, nous avons demandé à Kodjo Agbossou de faire un cours 101 d’électricité à la ferme. «Les tensions parasites, c’est la différence de tension qu’il peut y avoir entre deux points qu’un animal peut toucher et qui peut occasionner une circulation de courant qui affecterait son comportement», résume Kodjo Agbossou. Il explique que le terme «tension de contact» est plus représentatif de ce que sont les tensions parasites.
Pour l’expliquer, il parle de tension bien sûr, mais aussi de courant et de résistance. Ces trois notions sont interreliées. La tension mesurée en volts est égale à la résistance mesurée en ohms multipliée par l’intensité du courant en milliampères. Or, la résistance varie peu. Elle est en moyenne de 500 ohms pour une vache. Donc, plus la tension est élevée et plus le courant est élevé.
«Dans la réalité, ce n’est pas tant la tension qui est importante, mais le courant qui circule dans la vache et qui peut avoir un effet négatif», explique l’expert. Il dit «peut», car il y a un seuil minimum sous lequel il n’y a pas d’effet perceptible par la vache.
Contrer les effets négatifs des tensions parasites
Pour contrer les effets négatifs des tensions parasites, la ferme doit être protégée. De quelle façon? Voici ce que dit le Code de construction du Québec: «Dans les bâtiments abritant du bétail, tous les tuyaux d’eau métalliques, les carcans, les abreuvoirs, les conduites de vide et autres pièces métalliques susceptibles d’être sous tension doivent être reliés à la terre au moyen d’un conducteur individuel toronné…» C’est ce qu’on appelle communément la mise à la terre des structures. Et cette mise à la terre doit être reliée au panneau électrique de la ferme.
Lors de sa visite, l’électricien mesure le courant et la tension au niveau du panneau électrique. «Il faut que la tension de la mise à la terre soit la plus faible possible», explique l’expert. Si la tension de la mise à la terre est élevée, le courant l’est aussi et donc le courant circulant dans l’animal sera élevé.
Chaque équipement ou moteur a son propre fil de mise à la terre qui est relié au fil de mise à la terre du panneau électrique. Donc, l’électricité d’Hydro-Québec entre par le panneau électrique et retourne, par un conducteur, vers le point neutre d’un réseau électrique, lequel est relié, s’il y a lieu, au fil de mise à la terre de la ferme.
Kodjo Agbossou explique que les fabricants d’équipements d’aujourd’hui sont très sensibles à la question, mais qu’il y aura toujours des problèmes, car les équipements et les fils de mise à la terre vieillissent et peuvent faire défaut. Il faut donc être vigilant. «Donc, ce qui n’entraînait pas de problème avant, peut entraîner un problème plus tard», dit-il.
Des solutions à la ferme
Les fermes Côtière et Daigale n’ont plus de problèmes de tensions parasites. À la Ferme Côtière, un petit dispositif a été installé sur chacun des deux ventilateurs à vitesse variable. Il s’agit d’un filtre d’interférence.
La ferme était en rénovation cet automne et le dispositif a été retiré, mais il a été remis depuis. C’est que les moteurs des ventilateurs à vitesse variable fonctionnent sur du courant alternatif qui, à basse vitesse, crée des variations de courant élevées. C’est ce qui causait le problème. Il était donc essentiel de remettre le filtre.
À la Ferme Daigale, le principal problème provenait du réseau de mise à la terre qui n’était pas adéquate. Premièrement, il y avait deux panneaux électriques munis chacun d’une mise à la terre, ce qui ne respectait pas le Code de l’électricité en vigueur au Québec. Ce problème a été corrigé.
«Quand le temps est plus humide, le terrain est plus conducteur. Donc, le courant allait au ground [mise à la terre] s’il y avait de quoi et il rentrait par l’autre ground», raconte Mikhaël Daigle qui en connaît plus sur l’électricité aujourd’hui. De plus, l’un des deux robots n’avait pas de mise à la terre.
Finalement, plusieurs équipements, comme la raclette, ont aussi été munis de mise à la terre. Le service de détection de tensions parasites à la ferme ne vend pas d’équipement de détection ou de correctif. «C’est un service conseils non lié», nous explique la directrice du Réseau Agriconseils Mauricie, Jacynthe Lampron. Il a vu le jour s il y a près de 20 ans lors de la privatisation du service qui était autrefois offert par le MAPAQ.
Cet article de Marie-Josée Parent est une version tirée et adaptée du magazine de décembre du Bulletin des agriculteurs.
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