Le prix de terres a poursuivi sa progression au Canada et au Québec en 2025, mais en empruntant un rythme différent qui pourrait traduire un changement de tendance dans la Belle province.
La valeur moyenne des terres agricoles canadiennes a atteint 9,3%, une hausse semblable à celle de 2024, selon le dernier rapport Valeur des terres agricoles de Financement agricole Canada (FAC), un chiffre qui a déjoué les attentes. Les Prairies arrivent en tête de liste des plus fortes augmentations. Le Manitoba a affiché le plus fort bond de la valeur moyenne des terres, soit 12,2 %, suivi par l’Alberta à 11,4 % et la Saskatchewan à 9,4 %.
Pour le Québec, la hausse est d’environ la moitié de la moyenne nationale à 4,8 % au Québec, tandis qu’elle n’est que de 2,2% en Ontario. La seule diminution provient de la Colombie-Britannique qui enregistre une baisse de 1,7%.
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Pour Jean-Philippe Gervais, vice-président exécutif, agri-production à FAC, les chiffres traduisent un marché résilient, malgré les tensions sur le commerce et les droits de douane, les coûts importants des intrants et les faibles prix des produits de base. « L’incertitude qui règne n’a pas dissuadé le marché d’acheter des terres agricoles », dit-il.
Tendance à la baisse des transactions de terres agricoles
L’expert note une évolution dans le marché québécois, ainsi que pour le marché voisin en Ontario. Pour le Québec, la hausse de 2025 est la plus faible en 15 ans. En 2010, un acre de terre en Montérégie se vendait 4224 $. Ce montant en 2025 a plus que quintuplé pour atteindre 23 200 $.
« Le marché immobilier agricole au Québec et en Ontario connaît un ralentissement marqué avec une baisse du nombre de transactions en 2025. Les acheteurs sont devenus beaucoup plus prudents et sélectifs en raison de la conjoncture économique. Ils privilégient désormais les terres à haute valeur productive », indique Jean-Philippe Gervais.
L’intervenant précise qu’il est difficile de quantifier précisément la baisse des transactions (en pourcentage), car la collecte des données ne couvre pas 100 % des ventes. Certaines d’entre elles, comme les ventes entre apparentés sont exclues, mais la tendance à la baisse est « indiscutable ».
Les revenus sont une des explications de la tendance. Après une chute de 15,5 % en 2024, les revenus ont continué de stagner ou de baisser légèrement en 2025, note Jean-Philippe Gervais. Les coûts sont par ailleurs plus élevés dans le secteur agricole. La persistance de taux d’intérêt élevés et le coût des intrants exercent une forte pression sur le revenu net et limitent la capacité d’investissement.
Malgré la crise, la demande reste portée par un bassin diversifié. L’expansion locale est portée par des entreprises en grandes cultures qui poursuivent leurs plans de croissance stratégique. Les productions animales (sous quota ou porcine) ont connu une année 2025 relativement bonne, permettant à certains producteurs de rester actifs sur le marché. « La disponibilité des terres est rare. Lorsqu’une terre se libère, sa proximité avec des entreprises existantes prêtes à payer le prix fort pour s’agrandir a un effet. Cela influence localement la valeur, au-delà des pourcentages de croissance régionaux », remarque l’expert.
Valeur des terres au niveau régional
Le marché des terres a repris de la vigueur au cours du deuxième semestre au Québec avec une diminution de l’incertitude quant aux droits de douane, les taux d’intérêt et la conjoncture économique générale.

L’Outaouais a enregistré la plus forte hausse (14,9%) et la Montérégie la plus faible (1,7%). La région du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie se distingue par une demande provenant de l’extérieur. Contrairement à la Montérégie axée sur les grandes cultures de commodités, le modèle dans la région est davantage celui de petites entreprises et de fermes de petites superficies tournées vers les circuits courts.
La valeur des terres la plus élevée se retrouve en Montérégie et en Laurentides-Lanaudière. Si la capacité de payer ont limité les transactions, la diversité de la production agricole a contribué à la demande dans la seconde. La valeur des terres a augmenté de 6,7% sur la rive-nord de Montréal.
Une accessibilité de plus en plus restreinte des terres
Le récent rapport de FAC met de nouveau en lumière les barrières à l’accessibilité avec des valorisations qui atteignent des sommets historiques. « Ces valorisations « au plus haut » mettent à rude épreuve la croissance des fermes existantes et créent des barrières quasi insurmontables pour la relève et les jeunes agriculteurs », note Jean-Philippe Gervais qui ajoute que le marché atteint certaines limites.
L’expert affiche un optimisme prudent. Le ralentissement de 2025 traduit une saturation du marché, un changement de tendance que les experts anticipaient depuis quelques années.
L’année 2026 risque toutefois d’être difficile. Même avec une augmentation prévue des revenus bruts en grandes cultures de 6,5 % au Québec, le revenu net inquiète avec la hausse des coûts de production.
Interrogé à savoir s’il anticipait une hausse des taux d’intérêt cette année, Jean-Philippe Gervais prévoit le statu quo à court terme. En cas de prolongement du conflit au Moyen-Orient, la Banque du Canada pourrait devoir relever les taux d’intérêt en fin d’année pour contrer l’inflation. La situation est aussi complètement différente qu’en 2022 avec le déclenchement de la guerre en Ukraine qui avait fait s’envoler le prix des céréales. Cette fois, la pression se fait sentir à la fois sur les coûts et les revenus.
L’agriculture québécoise fait face à une conjoncture unique combinant plusieurs facteurs de risque avec les tensions géopolitiques et le renouvellement de l’ACEUM. Ces éléments combinés exercent une pression constante sur les marges bénéficiaires des entreprises, malgré un bilan patrimonial solide.
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