10 000 $ l’acre

Les producteurs Mark et Larry Warner, dans le nord-ouest de l'Iowa. Photo André Dumont

Mon périple en Iowa s’est terminé dans le nord-ouest de l’état. Ici, les terres sont peu accidentées, l’agriculture est plus diversifiée : aux grandes cultures s’ajoutent l’élevage bovin, de nombreuses porcheries, une forte concentration de production d’œufs (on m’a parlé d’un site de quatre millions de pondeuses!) et quelques très grosses fermes laitières.

Comme partout en Iowa, un thème revient spontanément à la bouche des producteurs : le prix des terres. Sauf qu’à la frontière de l’Iowa, du Minnesota du Dakota du Sud et du Nebraska, on ne parle pas de 5 000 à 6 000 $ l’acre. Ici, c’est 9 000 $, voire 10 000 $.

Mark Warner, qui cultive quelque 2 000 acres avec son père Larry, vient tout juste de s’acheter 80 acres dans ces prix. Il sait qu’il peut difficilement justifier ce prix en fonction des revenus que cette terre générera. Qu’importe : par les temps qui courent, l’optimisme règne dans le monde des grandes cultures.

Mark et Larry Warner ne sont pas inquiets, mais comme plusieurs analystes, ils soupçonnent que la « bulle » qui gonfle les prix des terres aux États-Unis pourrait éclater, à l’image de ce qui s’est produit dans l’immobilier résidentiel.

Cette bulle serait stimulée par les taux d’intérêts bas et les bons prix des grains. Les terres agricoles sont aussi devenues une valeur refuge, en ces temps d’incertitude économique.

Selon Jeff Caldwell, analyste sur Agriculture.com, une hausse des taux d’intérêts pourrait rapidement faire dégonfler cette bulle. En 2011, les producteurs américains ont un ratio d’endettement de 10 % (par rapport à la valeur de leurs actifs), ce qui est très sain. Par contre, en chiffres absolus, ils n’ont jamais été aussi endettés.

Si les taux d’intérêts augmentent, la rentabilité des terres récemment achetées sera diminuée. La valeur des terres pourrait alors baisser, ce qui ferait instantanément augmenter le radio d’endettement des producteurs. Leur dette sera la même, mais leurs terres vaudront moins.

Dans le nord-est de l’Iowa quelques jours plus tôt, j’ai rencontré le producteur Frank Moore, qui venait juste de s’acheter une terre au Minnesota, dans les 6 000 $ l’acre.

Frank Moore connaît très bien son coût de production, incluant le coût de sa machinerie. Selon son calcul de rendement économique, il pourrait justifier payer jusqu’à 11 000 $ l’acre. « Ça, c’est avec les chiffres d’aujourd’hui (prix des grains et des intrants) », insiste-t-il, pour faire comprendre qu’il est tout à fait conscient qu’il y a peu de chances que la donne demeure aussi favorable au cours des prochaines années.

La situation avantageuse qui prévaut pour les cultures actuellement incite les producteurs à expérimenter différentes techniques pour aller chercher quelques boisseaux de plus sur chaque acre.

Larry Warner m’a expliqué qu’à 2,50 $ ou 3 $ le boisseau de maïs, le coût des intrants additionnels qui permettraient de pousser les rendements se justifie difficilement. « Maintenant, si on obtient 6 $ le boisseau, qu’on ajoute un produit chimique qui nous coûte 10 $ l’acre et qu’on peut obtenir 12 $ de rendement de plus par acre, sur 1000 acres, ça commence à attirer notre attention. »

Plus de la moitié des essais que Josh Sievers, de l’Iowa State University, mène chez des producteurs cette année concerne les fongicides. Leur impact sur le rendement est mesuré pour des applications à différents moments en cours de saison. Les résultats sont ensuite diffusés à tous les producteurs.

« Nous voulons obtenir le meilleur rendement, peu importe le prix des terres », m’a indiqué Mark Warner.

Josh Sievers, du service « Extention » de l'Iowa State University, fait la tournée des sites d'essais chez les producteurs, un quatre-roues toujours à sa disposition sur son pick-up. Photo : André Dumont

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