Abondance de stocks sur fond de guerre commerciale

Le président américain dit vouloir aider les agriculteurs aux prises avec des stocks en hausse

Washington est passé à l’action vendredi matin en imposant des tarifs supplémentaires sur 200 G$ de biens chinois vendus aux États-Unis, en faisant passer les tarifs en vigueur de 10% à 25%. En cette dernière journée de la semaine, les négociations entre la Chine et les États-Unis ont été interrompues et remises à plus tard.

Depuis un an maintenant, les États-Unis réclament de la Chine des actions afin de réduire le déficit commercial américain avec son partenaire, ainsi que la  fin du transfert forcé des technologies et de la protection de la propriété intellectuelle américaine. La Chine a répliqué à l’époque en imposant à son tour des tarifs sur plusieurs denrées agricoles américaines, dont le porc et le soya. Depuis, les ventes de soya vers la Chine ont fortement reculé et causé des inventaires records aux États-Unis, avec comme  conséquence une chute des prix sur le marché des céréales.

Devant cette dernière annonce des Américains, la Chine a annoncé qu’elle pourrait elle aussi imposer de nouveaux tarifs. Ses dirigeants estiment que ses propositions sont faites de bonne foi tandis que les demandes américaines portent atteinte à l’autonomie du pays et à sa dignité.

Le porte-parole du Fonds monétaire international (FMI), Gerry Rice, a averti de son côté qu’un conflit durable entre les deux premières puissances du monde risquait de nuire à la croissance mondiale. Depuis mars 2018, l’administration américaine a décrété des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium chinois puis, l’été dernier, sur 250 milliards de dollars de produits. Elle menace également d’imposer des droits de douane additionnels sur toutes les importations de Chine (539,5 milliards de dollars en 2018), rapporte AFP.

Ces derniers développements sont survenus la journée de la mise à jour sur l’offre et la demande sur les principales céréales, un rapport émis par le département américain de l’Agriculture (USDA), aussi appelé WASDE. Dans son rapport de mai, l’USDA indique que les stocks de maïs ont grimpé à 2095 milliards de boisseaux pour la saison 2018-2019, un chiffre supérieur aux prévisions de l’organisme de 2035 milliards de boisseaux. Les inventaires de soya se situent à 995 millions de boisseaux contre des estimés de 895 millions, une hausse reliée à des exportations moindres que prévu. Le blé est aussi révisé à la hausse avec des réserves de 1127 milliards de boisseaux contre 1087 milliards attendus.

Le USDA a également fait part de ses premières prévisions pour les inventaires américains pour 2019-2020. Le maïs devrait se situer à 2485 milliards de boisseaux contre des attentes du marché de 2125 milliards. Pour le soya, les stocks sont estimés s’élever à 970 millions de boisseaux contre des prévisions de 936 millions. Les stocks de blé seraient pour leur part de 1141 milliards de boisseaux alors que le marché avait misé sur 1087 milliards.

Le gouvernement américain a aussi émis ses estimations de prix pour la prochaine récolte. Ce ne sont plus des marges de prix qui sont présentées mais plutôt des moyennes. Le prix pour le maïs est évalué à 3,30$ le boisseau et à 8,10$ pour le soya.

Compensations pour les producteurs américains?

Dans des messages diffusés sur Twitter vendredi matin, le président Trump a indiqué qu’il augmenterait les achats américains de produits agricoles produits aux États-Unis, à un niveau supérieur à ce que la Chine se procure par le biais des exportations, à hauteur de 15G$. Les céréales devraient servir à la consommation locale ainsi qu’en aide humanitaire, a indiqué le président. L’an dernier, les États-Unis ont fournis pour 3,62G$ en aide alimentaire. En 2018, l’administration américaine a indiqué qu’elle verserait jusqu’à 12G$ aux producteurs américains affectés par les tarifs chinois imposés sur les biens américains.

Les différentes associations de producteurs se sont prononcées à la suite de ces déclarations. La National Corn Growers Association et la National Association of Wheat Growers ont émis une déclaration conjointe indiquant que ces tarifs ajoutaient une pression supplémentaires sur les marchés d’exportations, tout en menaçant des décennies d’efforts mises dans le développement de ces marchés. Le président de la American Soybean Association a dit croire le président mais a enjoint ce dernier à prendre conscience des impacts réels de cette guerre de tarifs sur les producteurs et leurs familles.

Sources: Ag Week, Bloomberg, France agricole

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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