Agriculture : l’OMC manque une nouvelle échéance importante

Genève (Suisse), 28 mars 2003 – L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a connu un nouveau revers dans ses efforts pour libéraliser le commerce mondial: les 145 États membres n’ont pas tenu les délais prévus pour définir les modalités de réduction des subventions et tarifs agricoles.

L’OMC avait déjà laissé passer fin 2002 d’autres échéances, sur l’accès des pays pauvres aux médicaments essentiels et sur le traitement différencié des pays en développement.

Le chef du groupe de négociations agricoles, Stuart Harbinson, a reconnu que, faute de mouvement, il lui serait impossible de fixer les critères et objectifs de ces négociations au 31 mars, comme prévu par le « Programme de développement de Doha ».

Les pays membres vont continuer à discuter mais tout le calendrier chargé de ce cycle commercial lancé en novembre 2001 risque d’être retardé.

Le cycle de Doha –qui touche aussi les services, les produits non agricoles et de nombreux autres dossiers délicats comme les règles antidumping, l’environnement et l’investissement–, est censé s’achever fin 2004. Quinze mois ont déjà passé, apportant des fruits modestes: il reste 21 mois pour accomplir un programme gigantesque.

« Si on continue à manquer les échéances, personne ne se fait d’illusions sur les possibilités de conclure la négociation de Doha fin 2004 », estime un diplomate occidental.

L’agriculture –avec notamment la question épineuse de la réduction des subventions agricoles– est considéré comme le dossier décisif, tous les délégués assurant qu’il ne peut y avoir d’accord global sans consensus à ce propos.

Or, un accord sur les « modalités » agricoles devait permettre de passer aux offres concrètes. Désormais, sa conclusion risque de traîner, pouvant même surcharger la barque déjà lourde de la conférence ministérielle de Cancun en septembre.

Celle-ci étant censée faire le point à mi-parcours du cycle de Doha, nombre de délégués craignent aujourd’hui que Cancun soit un « nouveau Seattle », la conférence qui avait capoté en 1999 du fait de sa surcharge et du mécontentement des pays en développement.

La série noire des occasions manquées a commencé en juillet et décembre derniers, quand les membres n’ont pu s’entendre sur des clauses de traitement spécial et différencié pour les pays pauvres.

Tout aussi important et plus médiatique aura été l’échec, fin décembre, sur l’accès aux médicaments essentiels pour les pays pauvres sans capacité de production pharmaceutique. Sous la pression des laboratoires soucieux de protéger leurs brevets, les Etats-Unis se sont opposés à un accord.

Une quatrième échéance devrait passer sans consensus, quand il s’agira en mai de proposer des améliorations au système de règlement des différends, clé de voûte de l’OMC. Plus de cent propositions ont été faites.

Le document sur l’agriculture a été jugé « trop ambitieux » par les uns et « pas assez ambitieux » par les autres. Sur le rythme et les délais, les méthodes et les objectifs, tout oppose les différents camps.

Les États-Unis et le groupe de Cairns, regroupant 18 pays exportateurs, veulent une libéralisation rapide. Les Européens et les Japonais préconisent de prendre en compte les aspects qualitatifs de l’agriculture. Les pays en développement sont soucieux de protéger et de donner de nouvelles chances à leurs vastes populations agricoles.

Les diplomates soulignent la nécessité d’arriver à Cancun avec le maximum de préparation. « Sur l’agriculture, affirme l’un d’eux, il faudrait ainsi que les ministres aient à trancher sur les chiffres et quelques questions fondamentales, mais ils ne pourront négocier l’ensemble du document, ce serait impossible ».

Source : AFP

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