Année record pour les viandes en 2016

La prochaine année sera marquante pour le marché des viandes. « L’an prochain, nous prévoyons une année record de plus de 97 milliards de livres de viandes blanches et rouges », explique le stratège de marché des viandes chez RJO’Brien, Gabriel Joubert-Séguin. Si l’offre de viande est si grande, c’est que les prix ont été bons les deux dernières années.

Bœuf

Dans le marché du bœuf, le prix a atteint un sommet aux États-Unis et au Canada en 2014. Pour profiter du marché lucratif, les bouvillons livrés aux abattoirs étaient plus pesants. « En 2015, la production a augmenté en raison d’une augmentation de 5% des poids de carcasses », explique Gabriel Joubert-Séguin.

Les éleveurs en ont profité pour augmenter le cheptel en gardant les femelles de reproduction. En 2016, il faut donc s’attendre à une augmentation du volume à la fois par l’augmentation du poids d’abattage et par un cheptel un peu plus important. « Le bœuf a un cycle très lent, précise Gabriel Joubert-Séguin. D’ici deux ou trois ans, il y aura une augmentation du cheptel bovin. »

Le dollar américain est élevé et le restera. Cela fera en sorte que toute augmentation de production de bœuf américain devra être consommée sur le marché national. Les prix du bœuf et des bouvillons risquent donc de diminuer en 2016.

« Les prix de 2014 étaient probablement le sommet du cycle du prix du bœuf », explique Gabriel Joubert-Séguin. La durée du cycle du bœuf est longue et peut s’étirer sur plus ou moins 12 ans. Nous sommes donc au début de cycle d’expansion du cheptel, au moment où les prix recommencent à descendre.

Les producteurs canadiens s’en tireront quand même bien, en raison de la faible valeur de notre dollar. « Je m’attends à des prix neutres ou légèrement négatifs », dit Gabriel Joubert-Séguin. Mais l’ajustement de prix à la baisse ne devrait pas être aussi grand qu’en 2015.

Porc

L’offre de porcs devrait être encore forte en 2016. Le prix des grains étant bas, le poids d’abattage des porcs devrait être encore élevé. De surcroit, le cheptel de porcs a légèrement augmenté. Cependant, l’augmentation de l’offre de viande de porc sera moins forte en 2016 qu’en 2015. Elle devrait suivre l’augmentation de la population.

« L’industrie porcine est profitable, mais pas au point d’investir beaucoup; les marges sont légèrement positives », explique Gabriel Joubert-Séguin.

Une inconnue demeure : qu’adviendra-t-il de la diarrhée épidémique porcine (DEP) cet hiver? La maladie est encore présente aux États-Unis, même si son impact a diminué. L’hiver est la saison de prédilectiction pour le virus. Il y a eu une rotation du cheptel reproducteur depuis deux ans. Ces animaux n’ont pas développé d’immunité contre le virus. Toutefois l’industrie amércaine connaît mieux la maladie et comment la combattre.

Malgré un dollar élevé, le porc américain est toujours exporté. Vingt pourcent du porc américain est exporté. Il ne faut cependant pas s’attendre à une augmentation des exportations.

À moins que la Chine se mette à importer davantage. La Chine produit et consomme la moitié du porc mondial. Or, depuis deux ans, la Chine a 25% moins de truies. Cette diminution a fait grimper le prix du porc dans ce pays. « Le porc se vend deux fois et demi plus cher en Chine qu’aux États-Unis », dit Gabriel Joubert-Séguin.

Malgré une forte demande et une diminution du cheptel, la Chine importe très peu de viande de porcs. « Ils ont la capacité de tripler le volume qu’ils achètent actuellement », dit Gabriel Joubert-Séguin. Une telle augmentation pourrait représenter une augmentation du prix de carcasse de 5 ¢ la livre. Voilà pourquoi les analystes surveillent autant la Chine actuellement.

Poulet

Les prix élevés de la viande de bœuf et de porcs incitent les consommateurs à se tourner vers le poulet. Depuis 50 ans déjà, nous voyons une augmentation de la consommation de poulet et une diminution de consommation de bœuf et de porc. Une fois que les consommateurs prennent l’habitude de manger davantage de poulet, ils ne reviennent pas aux consommations précédentes de viandes.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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