Arrogance et laxisme nuisent au vin français à l’étranger

Paris (France), 3 août 2001 – La viticulture française, qui traverse une crise sans précédent sur le marché mondial, est essentiellement victime de son manque de rigueur, de son inadaptation au marché et de son arrogance, lit-on dans un rapport remis au ministre de l’Agriculture, Jean Glavany.

Ce rapport, réalisé par Jacques Berthomeau, contrôleur général des offices, et intitulé « Comment mieux positionner les vins français sur les marchés d’exportation », doit permettre à la France de définir, pour les dix ans à venir, sa stratégie sur le marché mondial.

« Je crois que nous sommes en train de récolter ce que nous avons semé, nos échecs à l’exportation trouvent principalement leur source dans un manque de rigueur », résume Jacques Berthomeau dans ce document de 80 pages, publié vendredi sur le site du ministère de l’Agriculture.

« Entre la reddition pure et simple et le combat d’arrière-garde, il nous reste à sortir à la fois de notre élitisme hautain et de notre ‘à peu près’ pour la grande masse de nos vins », poursuit-il.

Dressant un bilan sans complaisance de l’inertie des professionnels au cours de la dernière décennie, il accuse certains producteurs d’avoir nui aux appellations d’origine (AOC) en vendant des vins « indignes ».

« Il faut que la viticulture française descende un peu de son piédestal et travaille comme les autres », a-t-il déclaré à Reuters.

L’absence d’outils efficaces de promotion pour conquérir, voire maintenir des débouchés à l’exportation a contribué à laminer les parts de marché mondial de la France, au profit des vins australiens, argentins, néo-zélandais, américains, chiliens, africains du sud, constate-t-il.

« Je me réjouis de ce travail de fond et j’en félicite son auteur », a déclaré dans un communiqué le ministre de l’Agriculture, Jean Glavany.

« Il s’agit d’une somme d’analyses et de recommandations intéressantes qui doit permettre aux professionnels et à l’Etat de définir ensemble la stratégie française à 10 ans et les moyens à mobiliser pour la mettre en oeuvre », a-t-il poursuivi.

« Image ringarde »

Considérant qu’il est « un peu tard » pour s’inquiéter des « revers » de la France sur le marché mondial, en particulier en Grande-Bretagne, le rapporteur estime qu’il faut adapter sans tarder le vin français au goût des nouveaux consommateurs.

Exhortant les viticulteurs à sortir le vin français de son « image ringarde », il préconise une période d’adaptation de cinq ans au terme de laquelle les vins de masse (ou vins de pays) pourront être gérés comme des IGP (Indication géographique de production).

« Il ne s’agit pas de changer la nature du vin, mais de l’assembler différemment, de le cultiver différemment, de le vendanger différemment, d’être plus précis », affirme-t-il.

« Mon idée c’est que l’on fasse avec la même rigueur du vin à 20 francs et des grands vins à 200 francs », relève-t-il.

Plaidant pour un « socle de l’origine », du village jusqu’à la commune, Jacques Berthomeau invite tous les acteurs de la filière viticole à s’engager dans une « politique contractuelle pragmatique ». L’objectif est de définir une stratégie commune pour les vins de cinq à 10 ans, estime-t-il.

Une grande part du vignoble français doit être adaptée à la nouvelle donne du marché mondial, via des outils de marketing, poursuit-il.

« Face à la concurrence, il faut adapter les méthodes pour les vins de masse qu’on peut ‘marketer’. Investissons de l’argent sur des marques, sur des gammes de produits pour séduire les nouveaux consommateurs qui découvrent l’univers du vin », explique Jacques Berthomeau.

Il souhaite en outre que le vignoble soit « piloté » par « ceux qui vendent le vin, ceux qui sont en contact avec les consommateurs » et non par les seuls vignerons.

Convaincu que la crise frappera toute la viticulture française, y compris les grands vignobles, il milite en faveur d’une restructuration de l’ensemble de la filière.

Fleuron de l’agroalimentaire français à l’étranger, les exportations de vins de la France ont atteint en 1998 un record de 15 millions d’hectolitres, hors champagnes.

Mais en 2000, celles-ci n’atteignaient plus que 13,7 millions d’hectolitres.

La France, l’Italie et l’Espagne détiennent encore à elles trois 60% des exportations mondiales de vin, mais la part des nouveaux exportateurs ne cesse de progresser, atteignant désormais 20% contre un niveau marginal au début des années 80.

Source : Reuters; Paule Bonjean

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Ministère de l’agriculture et dela pêche de la France

http://www.agriculture.gouv.fr

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