Bacon, le film : trop peu, trop tard…

Longueuil (Québec), 13 novembre 2001 – « “Bacon, le film” … trop peu… parce qu’il s’appuie avec complaisance sur des omissions, des affirmations sans perspective, des faussetés et, qui plus est, parce qu’il n’apporte aucune solution. Trop tard… parce qu’il soulève des problématiques, notamment sur le plan environnemental, qui sont déjà bien connues du milieu agricole et sur lesquelles les producteurs travaillent depuis plusieurs années » a déclaré aujourd’hui Clément Pouliot, président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec au cours d’une rencontre avec les médias.

Même s’il en a la prétention, « Bacon, le film » n’est pas un documentaire, car il est loin de se plier aux règles du genre, évitant soigneusement « l’autre côté de la médaille ». Cela fait maintenant deux mois que certains donnent trop d’attention à ce document propagandiste et que ce film réussit malheureusement à cristalliser encore plus les positions des uns envers les autres sur la base d’un document qui fait insulte à l’intelligence même, tellement il est biaisé. C’est une vision partiale qui ne peut déboucher que sur des débats stériles. Ce document déphasé trompe le public, car il taît la réalité sur l’agriculture moderne, qu’il met nostalgiquement en opposition avec l’agriculture pratiquée il y a trente ans. Peut-on progresser en retournant en arrière ? On ne peut pas faire l’extrapolation que le film fait, à savoir que les plus petits producteurs ou les techniques de jadis sont forcément plus écologiques. Le passé nous a souvent démontré le contraire et il y a au Québec des fermes porcines plus importantes qui sont des entreprises modèles.

Selon la Fédération des producteurs de porcs du Québec, le cheptel porcin est loin de connaître une croissance effrénée, puisque celle-ci a fortement ralenti depuis 1999, s’établissant à un peu plus de 1 % en 2000. Par ailleurs, le développement a été étroitement balisé dans les zones où la production est la plus concentrée. Aucune augmentation substantielle du taux de croissance n’est prévue, et l’objectif de doubler les recettes d’exportation est avant tout basé sur une augmentation de la transformation au Québec, créant des emplois et de la valeur ajoutée dans l’industrie agroalimentaire.

En matière environnementale, malgré l’héritage du passé, qui constitue certes un enjeu, les producteurs ont pris un virage vert grâce à un grand nombre de mesures et à des investissements importants. « Quant au lisier par exemple, dont on ne dit pas assez qu’il est un excellent engrais naturel et qu’il a permis une réduction considérable, et parfois l’élimination, des engrais chimiques, il est déplorable que Bacon, le film laisse l’impression d’une situation qui se dégrade, alors qu’elle s’améliore. Les producteurs disposent d’installations d’entreposage modernes, étanches et quelque 98 % des déjections sont ainsi accumulés, sans risque de percolation vers les cours d’eau, en attendant leur épandage ou leur traitement. Plus de la moitié des fermes porcines du Québec ont maintenant un plan agroenvironnemental de fertilisation et les producteurs travaillent à éviter la surfertilisation » a expliqué M. Pouliot.

Quant au traitement des animaux et aux techniques d’élevage, ils sont notamment codifiés par Agriculture et Agroalimentaire Canada et ils font l’objet de normes sévères et d’un suivi vétérinaire étroit, qui assurent la salubrité des installations et la qualité de la viande. Cette dernière est d’ailleurs reconnue internationalement et explique le succès du Québec sur le marché.

Le porc fait vivre environ 30 000 personnes au Québec et on évalue ses retombées économiques à 3,7 milliards de dollars par année. Environ 50 % de la production est exportée, surtout aux Etats-Unis et au Japon. De plus, les producteurs ne sont pas subventionnés à l’excès, surtout par rapport à leurs compétiteurs des autres pays. Les versements du régime d’assurance- stabilisation, dont les fonds viennent aux deux tiers du gouvernement et au tiers des producteurs, varient selon les conditions du marché. Cette aide n’est pas récurrente et, au fil du temps, les producteurs tirent en moyenne 95 % de leur revenu du marché.

Selon M. Pouliot, l’approche collective unique de la Fédération des producteurs de porcs assure des retombées positives pour tous les intervenants. Un des exemples concrets de cette approche est la mise en oeuvre, en 1989, d’un système centralisé de vente. Grâce à la mise en marché collective porcine, tous les producteurs reçoivent un prix égal pour leurs porcs; ce qui maintient l’équilibre du développement entre les producteurs de différentes tailles tout en permettant une meilleure répartition géographique de la production.

Le secteur porcin québécois a su démontrer sa capacité à se moderniser tout en demeurant une production à l’échelle humaine. Beaucoup de chemin a été parcouru. Beaucoup de travail reste à faire. Oui, les défis sont grands, principalement en matière de protection de l’environnement et de salubrité alimentaire, mais il faut reconnaître les pas de géants franchis jusqu’à ce jour. Les producteurs en sont fiers, la société québécoise aussi. C’est en regardant vers l’avant et en discutant des vrais enjeux que nous pourrons construire, en consultation avec tous les intervenants intéressés, l’agriculture de demain, à notre image. Malheureusement, « Bacon, le film » ne fait qu’élargir le fossé entre les perceptions et la réalité. Est-ce vraiment constructif et dans l’intérêt collectif ?

« C’est assez, qu’on arrête de charrier » ! Ce cri du coeur lancé en conférence de presse par le président de la Fédération des producteurs de porcs est aussi celui des quelque 4000 producteurs et productrices et leurs familles qui se sentent humiliés, blessés dans leur amour propre, leur dignité, leur travail de tous les jours. « La production porcine québécoise est un fleuron de l’agriculture au Québec. Les réalisations des dernières années en témoignent. La qualité prime sur la quantité et il en sera ainsi au cours des prochaines années » de conclure Clément Pouliot.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Le Porc du Québec

http://www.leporcduquebec.qc.ca/

Commentaires