Blair voit les professionnels de l’élevage

Londres (Grande-Bretagne), 13 mars 2001 – Décidé à prendre le problème à bras le corps à l’approche des élections, Tony Blair a rencontré mardi les professionnels de l’élevage et du tourisme pour écouter leurs doléances face à l’épizootie de fièvre aphteuse qui menace leurs activités.

Alors que cette maladie est entrée dans sa quatrième semaine au Royaume-Uni, le Premier ministre est avant tout soucieux d’éviter que l’épizootie ne devienne un casse-tête politique embarrassant pour les travaillistes avant le scrutin législatif attendu pour le 3 mai.

Tandis que les verdoyantes campagnes anglaises sont désormais interdites aux chasseurs, randonneurs et autres visiteurs, les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration affirment perdre des milliers de livres sterling par jour depuis le début de la crise. Le patron d’un hôtel, Charles Garside, est même allé jusqu’à parler d’urgence nationale.

Dans les colonnes du Daily Telegraph, cet hôtelier du Cumbria, dans le nord-ouest de l’Angleterre limitrophe de l’Ecosse, affirme que des agriculteurs, des opérateurs du secteur du tourisme et d’autres professionnels risquent de disparaître purement et simplement.

Le seul secteur du tourisme du Cumbria, situé juste au nord du Lake District, très prisé des touristes, perdrait ainsi huit millions de livres sterling (11,7 millions de dollars) par semaine en raison de l’épizootie, qui décime les troupeaux mais épargne l’homme.

Lundi, Blair, soucieux de montrer qu’il comprenait les affres des paysans britannniques, avait déclaré: « Je sais que c’est très frustrant parce que nous ne savons tout simplement pas comment va évoluer l’épizootie de fièvre aphteuse ». Il a promis que sa rencontre de ce mardi lui permettrait d’évaluer les aides à accorder aux zones rurales.

Les carcasses pourrissent dans la campagne
Pour le Conseil anglais du tourisme, le secteur du tourisme rural rapporte chaque année 12 milliards de livres sterling et fait vivre 380 000 personnes en tout. Certains professionnels afffirment que le secteur accuse déjà une baisse d’activité de 75%.

La filière de la viande estime ses pertes hebdomadaires à huit millions de livres sterling en raison de la suspension volontaire des exportations, et les exploitants agricoles affirment que la hausse des coûts risque de les contraindre à la faillite.

Malgré la crise, Blair n’a apparemment pas renoncé à convoquer les électeurs pour le 3 mai, de manière à tirer parti de l’énorme avance dont le Labour jouit dans les sondages sur l’opposition conservatrice.

Pour les autorités vétérinaires, l’un des problèmes les plus urgents est le déplacement d’un demi-million d’agnelles sur le point de mettre bas. Certains suggèrent qu’il faudra peut-être abattre tout ce cheptel pour empêcher les risques de propagation du virus.

« Je fais tout mon possible pour tenter d’éviter cela », a déclaré au micro de la BBC le ministre de l’Agriculture, Nick Brown. « Mais toutes les hypothèses (…) doivent être étudiées ».

Le ministre a également révélé avoir demandé à l’état-major de l’armée si cette destruction en masse du cheptel ovin pouvait être réalisée par des tireurs d’élite.

Avec un total de 160 000 têtes de bétail abattues ou devant l’être en raison de la fièvre aphteuse, l’entreposage des carcasses est devenu un grave problème malgré la ronde, 24 heures sur 24, des bûchers.

Dans certaines campagnes, les paysans se plaignent de l’incapacité des autorités à traiter de ce problème et affirment que les carcasses d’animaux pourrissent en piles énormes.

Source : par Kate Kelland – Reuters

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