CAAAQ : « Une vision de développement, mais plusieurs moyens inadéquats qui divisent plutôt que de rassembler »

Longueuil (Québec), 12 février 2008 – « Si, à certains égards, le rapport de la Commission présente une vision de développement pour l’agriculture et l’agroalimentaire, à d’autres égards, il propose souvent des moyens qui ne seront pas à la hauteur du chantier proposé et qui même, parfois, sont susceptibles de diviser plutôt que de rassembler. »

C’est le commentaire préliminaire qu’a émis, aujourd’hui, le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Christian Lacasse, après avoir pris sommairement connaissance du rapport rendu public, en après-midi, par la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ).

La Commission a retenu plusieurs éléments suggérés par l’UPA, largement partagés au cours des audiences, dont notamment le concept de souveraineté alimentaire à titre de canevas pour définir l’avenir de l’agriculture québécoise. Elle réitère aussi la nécessité de soutenir notre secteur d’activité et la légitimité de nos systèmes de gestion de l’offre.

La Commission soutient également la promotion et de l’identification des produits locaux et régionaux. Aliments du Québec est d’ailleurs présenté comme pivot du renforcement de cette valorisation des produits d’ici. Dans un même élan, la CAAAQ reconnaît la nécessité de garantir la réciprocité des exigences (salubrité, environnement, etc.) à l’égard des produits importés.

Toutefois, le rapport déçoit quand la Commission, au lieu de s’en tenir à des orientations générales, propose des moyens particuliers qui, paradoxalement, pourraient mettre en péril la réalisation de ce chantier important pour l’avenir de l’agriculture au Québec.

C’est ainsi qu’elle a beau, d’un côté, soutenir la pertinence de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, elle n’en propose pas moins des modifications à celle-ci qui vont à l’encontre de ses principes et de ses mécanismes. Le tout équivaut à un effritement des pouvoirs de la Loi et alourdit le processus de négociation entre les producteurs et les acheteurs.

L’UPA s’interroge par ailleurs sur le réalisme des commissaires quand ils remettent en question le Programme d’assurance-stabilisation des revenus agricoles (ASRA). « L’ASRA comporte peut-être des lacunes, mais de là à jeter le bébé avec l’eau du bain… L’abolir serait une solution extrême qui aurait des répercussions considérables sur la santé financière de nos fermes », de mettre en garde Christian Lacasse.

Le président estime qu’une impression trouble se dégage des commentaires des commissaires : « En soulignant la force, la solidité et la cohérence du modèle agricole québécois, c’est comme si on voulait nous faire avaler plus facilement la pilule, à savoir d’amoindrir le pouvoir et l’influence des producteurs sur les grands enjeux de société reliés à l’agriculture ne créerait aucun problème ni ne remettrait en question la viabilité du modèle. L’UPA ne peut absolument pas souscrire à cette interprétation », affirme Christian Lacasse.

Ainsi, l’UPA est inquiète de voir que la CAAAQ envisage des modifications à Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles qui pourraient avoir pour effet de transférer certains pouvoirs aux MRC. « Les terres agricoles représentent moins de 2 % de notre territoire, rappelle le président de l’UPA; cette fragilité exige la surveillance d’un organisme neutre et ayant l’expertise appropriée, soit nul autre que la Commission de protection du territoire agricole. »

Quant à l’interpellation sur l’accréditation syndicale, l’UPA croit que cette considération n’a tout simplement pas sa place quand plus de 94 % des agriculteurs adhèrent volontairement à l’organisation. « C’est un non-sens d’envisager le futur en remettant en question le principal outil qu’ils se sont donné, historiquement, pour mieux faire face à ce même avenir. Le premier ministre Jean Charest a d’ailleurs déjà souligné que ce n’était pas un des ” enjeux identifiés” et qu’il y avait des “choses plus préoccupantes ” », a rappelé le président de l’UPA.

« À l’instar des commissaires, nous croyons que les Québécois bénéficient d’un système remarquablement cohérent en agriculture. Il n’est certes pas parfait et on peut l’améliorer. C’est dans cet esprit que nous accueillons ce rapport et ses recommandations. Ce n’est que le début d’un processus qui doit nous conduire à une véritable politique sur l’agriculture et l’agroalimentaire québécois et à un agenda clair du gouvernement pour y parvenir.

« Les producteurs et productrices agricoles, pour leur part, ne demandent qu’à y contribuer pour mieux nourrir leurs concitoyens. Toutefois, cette participation active ne pourra sûrement pas se réaliser dans un contexte d’affaiblissement de leur pouvoir d’influencer leur propre avenir », de conclure Christian Lacasse.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ)
http://www.caaaq.gouv.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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