Conférence fédérale-provinciale des ministres de l’Agriculture : un rendez-vous manqué !

Longueuil (Québec), 15 novembre 2006 – « La conférencefédérale-provinciale des ministres de l’Agriculture des deux derniers jours sesera avérée qu’un rendez-vous manqué. Nous sommes d’autant plus stupéfaits etdéçus, mais surtout frustrés, que l’annonce de nouvelles consultations nousforce à conclure que les ministres de l’Agriculture fédéral et provinciauxn’ont rien entendu des dizaines de consultations qui ont eu cours dans lesquatre dernières années. » C’est ainsi que réagit M. Christian Overbeek,président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec(FPCCQ), au terme de la conférence fédérale-provinciale des ministres del’Agriculture qui s’est tenue à Calgary. « L’annonce d’une nouvelleconsultation confirme nos pires appréhensions, soit que les décideurspolitiques n’ont pas conscience qu’un choc historique de l’agriculturecanadienne se prépare pour les mois et les années à venir, regretteM. Overbeek. Alors que ces décideurs ont eux-mêmes reconnu l’inefficacité desprogrammes en place pour le secteur des grains, ils conviennent maintenant dene rien faire, sauf que de regarder le bateau couler. »

Pour la FPCCQ, le gouvernement, et particulièrement le ministre del’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada, M. Chuck Strahl, font fausseroute quant à la détermination des priorités en agriculture. En effet, au lieude mettre en priorité, comme il se doit, la révision du mode d’investissementpublic en agriculture et la réforme des programmes de soutien du revenuagricole, M. Strahl semble préférer consacrer ses énergies au démantèlement dela Commission canadienne du blé et, incidemment, diviser la communautéagricole. La relance de l’agriculture canadienne commande pourtant de redonnerà la production de grain la reconnaissance qu’elle mérite dans la chaîneagroalimentaire. A cet effet, le gouvernement américain investit 80 % de sessubventions agricoles dans le production de grains, soit près de200 milliards $ depuis le milieu des années 1980 et plus de 60 milliards $ aucours des cinq dernières années. Alors que la stratégie des Etats-Unis estd’investir en amont de la chaîne agroalimentaire pour en faire bénéficier tousles autres maillons, le Canada continue à saupoudrer une aide rachitique àtous les secteurs. « Les producteurs se questionnent sur la réellecompréhension des enjeux et de la réalité agricole par M. Strahl, rapporteM. Overbeek. Si celui-ci croit vraiment ce qu’il dit quant à l’inexistenced’une crise dans le secteur des grains, c’est qu’il ne comprend pas ce secteurde 8 milliards $ à la base d’une agriculture de plus de 40 milliards $ ».

Par ailleurs, le redressement récent des prix des grains n’est quetemporaire et, en se souvenant des événements de 1995, on peut appréhender unechute considérable des prix mondiaux dans les prochains mois. A cette époque,les prix des grains avaient atteint un sommet historique pour ensuite plongerde façon spectaculaire, soit de 45%, au cours des années suivantes. Ce sontles subventions massives des autres pays industrialisés qui risquent à ceteffet d’étouffer toute reprise du marché. Par ailleurs, il faut garder àl’esprit que la récente montée des prix n’a fait qu’accorder 75 % du coût deproduction aux producteurs plutôt que le maigre 60 % qui sévissait depuis ledébut de 2006.

Les producteurs de grains du Québec sont déçus de l’indifférence, dumanque de leadership et surtout de vision du gouvernement conservateur quis’était pourtant engagé à prendre en charge la question agricole avant ladernière élection. Les producteurs de grains se retrouvent maintenant sansfilet de sécurité devant une crise qui reprendra toute sa force au cours desprochains mois. M. Overbeek renchérit en soulignant qu’« il est vrai que nousdisposons d’un programme de sécurité du revenu provincial avec l’assurancestabilisation des revenus agricoles (ASRA), mais le désengagement et l’apathiedu gouvernement canadien compromettent désormais cet outil crucial pourl’agriculture québécoise. Aussi, compromettre l’avenir de l’ASRA, c’estcompromettre celui de toutes les productions agricoles. » La FPCCQ s’attendaitpar ailleurs à ce que le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et del’Alimentation du Québec, M. Yvon Vallières, mette l’accent sur cettepréoccupation pour obtenir des résultats concrets du gouvernement fédéral.Aujourd’hui, il est décevant de constater que M. Vallières revient de Calgaryles mains vides.

Devant le manque de volonté du gouvernement canadien de protéger notremarché contre les subventions déloyales des Etats-Unis, les producteurs degrains du Québec et du Canada demandent que le gouvernement offre une aideimmédiate et une politique agricole solide pour contrer les effets néfastes dela politique agricole américaine sur les producteurs canadiens. PourM. Overbeek, « il est clair que la population canadienne ne pourra pas compterencore longtemps sur les derniers recours qu’ont trouvé les producteurs degrains canadiens pour sauver les meubles, soit le refinancement de leursentreprises, le travail hors ferme et leur attachement au patrimoinefamilial. »

A l’égard des nouvelles consultations annoncées par les ministres del’Agriculture hier, la FPCCQ appréhende que celles-ci, en plus de leurinutilité, ne visent qu’à faire diversion et à gagner du temps. Dans cecontexte, la FPCCQ se questionne sérieusement sur la pertinence d’yparticiper. M. Overbeek conclut en soulignant que « dans un communiqué émishier, Agriculture et Agroalimentaire Canada convie les “parties intéressées àcanaliser leur énergie et leur enthousiasme en vue de proposer des idées etdes solutions novatrices”. Or, il faut savoir que nos membres ont justementperdu leur enthousiasme à cause des consultations des dernières années quis’empoussièrent sur les tablettes. Aussi, le gouvernement fédéral semble nousdemander de mettre fin à notre mobilisation publique, qui a entre autres prisla forme de déversements de grains symboliques ces dernières semaines, maisnos membres, eux, ne nous demandent qu’une chose : maintenir, sinon renforcerla pression. »

La FPCCQ regroupe onze syndicats affiliés répartis dans toutes lesrégions du Québec. Elle compte près de 11 000 membres qui cultivent,principalement pour la commercialisation, plus de 900 000 hectares decultures. Ces cultures comptent essentiellement l’avoine, le blé, le canola,le mais, l’orge et le soya. La FPCCQ est une fédération affiliée à l’Union desproducteurs agricoles.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec
http://www.fpccq.qc.ca/

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