Cri du coeur des producteurs de bovins : 18 mois et toujours rien de réglé

Montréal (Québec), 19 novembre 2004 – « Le 20 novembre, il y aura exactement 18 mois que les frontières américaines sont fermées au boeuf canadien. Un bien triste anniversaire, quand on constate l’insuffisance des actions gouvernementales devant l’ampleur de la crise et le désespoir des producteurs cruellement touchés par l’embargo. »

C’est en ces termes que réagissaient M. Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ), M. Marcel Groleau, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), et M. Laurent Pellerin, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), réunis à Montréal en conférence de presse pour inciter les gouvernements à sortir de leur inertie. Notons que des conférences de presse semblables se tenaient simultanément dans toutes les régions du Québec.

Les trois porte-parole ont dressé un bilan désastreux des pertes subies à ce jour par les agriculteurs. Même en tenant compte des aides gouvernementales consenties depuis le début de la crise, les éleveurs de bovins de boucherie et les producteurs laitiers cumulent des pertes de 241 M$.

« Nous vivons le pire scénario que nous pouvions appréhender il y a 18 mois, de renchérir M. Laurent Pellerin. Les frontières sont toujours fermées aux animaux vivants et à la viande de boeuf de plus de 30 mois, ce qui représente environ 60 % du commerce. Nos producteurs n’ont que deux choix : vendre leurs animaux à perte ou continuer à les nourrir en espérant en tirer éventuellement un meilleur prix. Mais voilà, les prix demeurent au plus bas, tout comme le moral des producteurs sur lesquels s’exercent des pressions financières et familiales épouvantables et qui s’enfoncent de plus en plus profondément dans les dettes et la détresse. »

M. Michel Dessureault a tenu à préciser que, encore aujourd’hui, les éleveurs vendent leurs animaux à un prix dérisoire, jusqu’à 87 % inférieur à celui d’avant la crise. « Comment voulez vous qu’un producteur qui perd de 400 à 500 $ par tête chaque fois qu’il vend une bête survive à cette crise? Comment expliquer que les producteurs n’obtiennent, dans le meilleur des cas, qu’environ 250 $ pour une vache de réforme alors que la viande se vend au détail 1 200 $? Voilà autant de réalités scandaleuses avec lesquelles les producteurs doivent composer quotidiennement depuis 18 mois. Et force est de constater que ce sont eux une fois encore et les consommateurs qui écopent. »

Malgré les énormes pertes qui s’accumulent sur les fermes, le dernier programme instauré par le gouvernement fédéral, le 10 septembre dernier, ne prévoit aucune aide directe pour compenser la chute des prix, ni même une offre de prêts sans intérêt. En outre, plus de deux mois après cette annonce, le gouvernement du Québec n’a toujours pas fait connaître sa participation, ajoutant aux difficultés d’accès à un soutien financier suffisant. Qu’attendent les gouvernements pour intervenir adéquatement et sauver les fermes avant qu’il ne soit trop tard?

Les deux fédérations concernées et l’UPA rappellent que, alors que la situation des producteurs de bovins laitiers et de boucherie est intenable, les abattoirs, eux, s’en mettent plein les poches. Une enquête du vérificateur général de l’Alberta a démontré que les trois entreprises du secteur de l’abattage et de la transformation du boeuf de cette province ont connu une croissance de leurs bénéfices nets de 281 % depuis le début de la crise. On peut facilement imaginer les profits que la position quasi monopolistique dans l’abattage d’animaux de réforme et de bouvillons au Canada leur permet d’encaisser, semaine après semaine, sur le dos des producteurs. Et cette situation n’est pas unique à l’Alberta. Il en va de même pour le Québec.

Pour M. Marcel Groleau, la solution est sans équivoque. « Nous réclamons des programmes d’aide adaptés à la réalité du Québec et à la hauteur de nos besoins ainsi que l’intervention immédiate des gouvernements dans l’établissement d’un prix plancher pour les animaux de réforme, appuyée d’un volume d’achat obligatoire au Québec. Cela réglerait une partie du problème d’ici à ce que la crise soit résolue. Ce geste garantirait un revenu minimal aux producteurs, sans qu’il n’en coûte un sou à l’État et aux consommateurs. »

D’ailleurs, la Fédération des producteurs de bovins du Québec a décidé de se prévaloir des pouvoirs qui lui sont conférés en vertu de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles et agroalimentaire du Québec afin de mettre en application, elle-même, un prix plancher pour les vaches de reforme du Québec, et ce, à compter du 29 novembre prochain.

« Nous sommes toutefois pleinement conscients, de renchérir le président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec, que l’unique abattoir de bovins de réforme au Québec peut décider de s’approvisionner en vaches à l’extérieur du Québec et c’est pour cela que nous continuons de demander une intervention gouvernementale… »

« Les producteurs agricoles sont à bout et ne baisseront pas les bras tant qu’ils ne seront pas entendus et que des gestes concrets, véritablement significatifs, soient posés. Lundi prochain, dans toutes les régions du Québec, les agriculteurs s’activeront afin de sensibiliser les ministres, tant fédéraux que provinciaux, à leur situation difficile. Ils nous trouveront sur leur chemin et, croyez nous, ils ne pourront pas nous enjamber facilement » de conclure messieurs Pellerin, Dessureault et Groleau qui, du même souffle, ont convié les représentants des médias à un rendez-vous « champêtre » au Parc Lafontaine dans trois jours, soit le lundi 22 novembre prochain.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ)
http://www.bovin.qc.ca/

Fédération des producteurs de lait du Québec
http://www.lait.org

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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