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Le chanvre, une culture d’avenir?

Qu’est-ce qui peut bien motiver un producteur à se prêter à l’essai d’une nouvelle culture qui est elle-même cultivée de manière marginale? Une meilleure diversification, un marché avec un potentiel intéressant et les défis, pourrait résumer Jean-François Ridel, producteur de grandes cultures à Saint-Césaire en Montérégie. Après avoir obtenu le certificat de sécurité de Santé Canada et subi un contrôle d’usage, il a pu aller de l’avant au printemps avec son projet de culture de chanvre sur une petite superficie, soit 10 hectares.

Plantée à la fin de mai, après le soya, le producteur a procédé à la récolte du chanvre début septembre. Dépassant largement la hauteur habituelle du maïs, M.Ridel a adapté sa moissonneuse-batteuse pour la délicate opération. Cette dernière a été compliquée par le fait qu’une entreprise se soit montrée intéressée à deux mois de la récolte à acquérir les feuilles. Les feuilles peuvent être recueillies, tout comme les têtes du plant pour les graines, ainsi que la paille (tige du plant).

Une fois stérilisée ou torréfiées, les graines sont destinées à la consommation humaine ou animale. Une huile peut aussi être extraite, entre autres pour ses propriétés médicinales, tout comme les feuilles, alors que la paille est utilisée pour ses fibres.

Le producteur s’y est pris à trois reprises pour finalement récolter pour deux hectares de graines et six hectares pour la paille qui devra rester au champ pendant quatre semaines avant d’être ramassée.

M.Ridel voit dans la culture du chanvre la possibilité d’un nouveau revenu et des débouchés intéressants. « Avec l’ouverture des lois sur le cannabis, il y a des opportunités à saisir. (…) Par exemple, dit-il « l’industrie est prête à payer un premium pour des feuilles de chanvre. »

De nouveaux marchés ne sont pas les seules motivations du producteur. La recherche de diversification des cultures implantées dans ses champs en font aussi partie. « Je cherchais le moyen de faire différent, tout en gardant le contrôle dans les champs. Avec les canneries, ça devient compliqué de contrôler les allées et venues. La machinerie se promène un peu partout », explique M.Ridel qui tient à conserver ses sols dans le meilleur état possible et surveille avec attention les effets de la compaction.

La culture du chanvre est assez facile : une fertilisation de 140 unités d’azote suffit à soutenir la plante. Il est toutefois important de faire une application d’herbicide en pré et post-levée puisque le plant démarre lentement et qu’il est important d’éliminer la concurrence à son départ. La graine est quant à elle semée à 1cm sur une préparation similaire à celle du blé de printemps. « L’important est d’avoir un sol le plus uniforme possible », indique M.Ridel. Le chanvre a besoin d’une bonne implantation puisque ses racines, qui s’apparentent à celles de la carotte sont relativement petites, pour la taille de la plante.

Pour 2019, le producteur a l’intention de récidiver avec cette fois 36 hectares. Selon lui, les débouchées rendront l’aventure rentable, tout comme une meilleure préparation. Et plus de producteurs tenteront l’expérience, plus il sera possible de communiquer et partager les connaissances à l’avantage de tous. D’ailleurs, le chanvre est cultivé déjà depuis un moment au Saguenay. La croissance rapide de la plante en fait également une culture intéressante un peu partout en province.

De toute façon, l’ingénieur en mécanique carbure aux défis et ce premier essai est loin d’avoir émoussé son enthousiasme, au contraire.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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