France : opérations commando des viticulteurs de Languedoc-Roussillon

Montpellier (France), 16 janvier 2002 – Les viticulteurs de Languedoc-Roussillon se sont livrés dans la nuit de mercredi à jeudi dernier à une série d’opérations commando à leur retour d’une manifestation à Béziers, allumant des feux sur les voies ferrées, couchant des platanes ou attaquant des entreprises viticoles, a indiqué la préfecture de l’Hérault.

Au moins deux incendies de pneus ont été allumés sur les voies ferrées de l’Hérault, dont l’un a bloqué le trafic pendant quelques heures entre Béziers et Narbonne. Les viticulteurs, opérant dans des voitures aux plaques d’immatriculation masquées selon la préfecture, ont vidé 4000 hectolitres des cuves des Vignerons Uccoar, à Clermont-l’Hérault, a-t-on appris auprès des forces de l’ordre.

Deux véhicules de gendarmerie ont également subi la colère des vignerons, qui revenaient de la manifestation de Béziers à laquelle ont participé 5000 professionnels selon la police, entre 7 et 8000 selon les organisateurs. L’un des véhicules, vide, a été incendié à Pézenas non loin d’un platane que les viticulteurs avaient fait tomber sur la nationale 9, un autre a été endommagé lors d’une opération escargot sur l’autoroute à hauteur de Béziers.

Mercredi après-midi, la manifestation des viticulteurs méridionaux, avait déjà donné lieu à des heurts avec les CRS et au saccage des locaux d’un négociant. Des groupes isolés ont lancé des projectiles sur le cordon de CRS mis en place par les autorités. Les forces de l’ordre ont répliqué par des tirs nourris de lacrymogènes. Les échanges, émaillés d’incendies de palmiers et de poubelles, ont duré plus d’une heure avant de se « transformer en violences urbaines », selon le sous-préfet Jacques Delpey.

Quelques dizaines de jeunes des quartiers périphériques se sont en effet mêlés aux violences. Deux de ces fauteurs de troubles ont été interpellés, a rapporté Delpey, qui n’a déploré cependant que des blessures anodines.

Simultanément, un commando d’une vingtaine de viticulteurs a mis à sac le siège du négociant en vins Frigovin, qui a subi d’« importants dégâts ». Les viticulteurs s’en seraient pris à la coopérative Frigovin parce qu’elle est mise en cause dans une procédure judiciaire en cours, a expliqué le sous-préfet. Elle est soupçonnée, avec d’autres, d’être impliquée dans un vaste trafic d’importation de vin de table italien, revendu sous le label « vin de pays d’Oc ».

Les viticulteurs d’une région qui compte 40.000 vignerons dénoncent ces pratiques déloyales, la concurrence étrangère, la chute des cours et la surproduction, mais aussi le retard pris dans la mise en oeuvre d’un plan d’adaptation de la viticulture, annoncé en septembre 2001 par le ministre de l’Agriculture Jean Glavany. Ce plan comprend notamment des mesures d’aides à la restructuration du vignoble et à la distillation pour favoriser l’élimination des excédents.

Les viticulteurs de Languedoc-Roussillon disent attendre toujours la concrétisation de ce plan. A Béziers, avant la manifestation, les porte-parole ont unanimement désigné le ministre comme le responsable de leurs maux, l’accusant d’être le « David Copperfield du gouvernement » ou un « marchand de rêve ».

Le ministre avait reconnu peu auparavant devant la presse à Paris, qu’il existait « une vraie situation de crise dans la filière vini-viticole en France, en particulier dans le Languedoc-Roussillon ». Se défendant de ne pas appliquer le plan d’adaptation, invoquant aussi les autorisations restant à venir de Bruxelles, il avait assuré qu’il tiendrait ses « engagements ». Mais il avait aussi mis en garde les viticulteurs contre « le droit de casser qui n’existe pas ».

Source : AFP

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