Front paysan contre l’abattage d’un troupeau après un cas de vache folle

Songeson (France), 24 janvier 2002 – A Songeson, petite commune du Jura située dans la région des lacs au sud du département, un front paysan s’est élevé jeudi pour soutenir un éleveur de bovins, frappé par un cas de vache folle, et qui refuse de laisser abattre son troupeau.

A l’origine de la rébellion, un cas d’encéphalite spongiforme bovineparticulier : l’infection d’une des 273 vaches laitières a été dépistée en octobre 2001, alors que la génisse, une Montbéliarde née en 1994, avait été vendue -et nourrie- depuis cinq ans en Haute-Vienne.

« Cet animal n’a séjourné que deux ans chez nous. Et nos fournisseurs d’aliments pour bétail nous ont assuré qu’ils n’ont pas utilisé de farines animales. Alors nous n’accepterons pas un abattage total de notre troupeau sans savoir pourquoi la vache a été contaminée », martèle Pierre Liboz, 51 ans, qui a appelé à la rescousse éleveurs, consommateurs et syndicats agricoles.

En début d’après-midi, un flot de voitures encombrait la route départementale face aux hangars agricoles des Liboz, vers lesquels commençaient à converger quelque 500 agriculteurs et habitants.

« Je le connais le Pierre, il va pas lâcher comme ça. On va tous se battre pour ne pas crever », lance, en toisant les gendarmes sous ses sourcils broussailleux, Claude Verjus, solide gaillard de 48 ans, qui partage la même coopérative laitière que les Liboz.

Une fois n’est pas coutume, l’affaire a même réuni sous le même toit la FDSEA et la Confédération paysanne de José Bové, deux organisations traditionnellement rivales et souvent opposées, auxquelles s’étaient joints tous les syndicats agricoles du département et des associations comme ATTAC.

Recours au tribunal administratif

Les prises de paroles se succèdent à l’intérieur de l’exploitation. « L’ESB a fait plus de victimes avec les suicides d’éleveurs qu’avec les personnes tuées par la maladie de la vache folle », clame Christophe Cathenoz, responsable de la Coordination rurale du Jura, en proposant une collecte de foin pour aider financièrement la famille Liboz.

« On est trop gentils ! On va réagir », lance une voix dans la foule, où tous dénoncent la « politique d’abattage total » du ministre de l’Agriculture.

Le front plissé, le regard un peu perdu, Pierre annonce qu’il a introduit un recours au tribunal administratif de Besançon, afin de faire annuler la décision d’abattage et de la remplacer par un arrêté de mise sous surveillance.

La famille d’éleveurs se déclare toutefois prête à certaines concessions, en proposant d’abattre les « cohortes de naissance », c’est-à-dire les bêtes nées un an avant et après la génisse malade.

Ce même jour, le préfet a rappelé dans un communiqué qu’il ne pouvait y avoir d’« ambiguïté sur la protection des consommateurs », en affirmant qu’il n’était « pas question de transiger » sur le principe de l’abattage total.

« C’est dérisoire. Notre famille a mis trois générations pour constituer ce troupeau. On ne va pas le laisser détruire comme ça. C’est notre patrimoine », s’emporte avec émotion le fils de Pierre Liber, Martial, qui, à 23 ans, commence le métier.

Source : AFP

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