Grande-Bretagne : la fièvre aphteuse est terminée, les éleveurs à genoux

Londres (Grande-Bretagne), 29 novembre 2001 – L’épidémie de fièvre aphteuse semble bel et bien éradiquée en Grande-Bretagne, mais la maladie a porté l’estocade à nombre d’éleveurs déjà mis à genoux par la crise de la vache folle et la force de la livre sterling.

« Nous estimons que 10% des 7000 fermes touchées par la fièvre aphteuse arrêteront définitivement leur activité », déclare Martin Haworth, l’un des responsables du National Farmers Union (NFU), le principal syndicat agricole.

Sur les deux dernières années, 5% des fermes ont disparu, contre un taux de 2% annuellement auparavant. « Cela va encore s’aggraver avec la fièvre aphteuse », qui est intervenue « après une période de grave dépression économique pour les agriculteurs », ajoute-t-il.

Plusieurs fermetures sont dues à des départs à la retraite (la moyenne d’âge est de 58 ans). Mais les 500 000 agriculteurs qui travaillent dans les 250 000 fermes que compte le pays souffrent surtout, depuis six ans, de la chute de leurs revenus, à cause de la force de la livre sterling qui pénalise leurs exportations.

Selon l’étude annuelle publiée en octobre dernier par le cabinet de conseil Deloitte and Touche, le revenu moyen d’une ferme d’environ 200 hectares est passé de 80 000 livres (130 000 euros) en 1995 à 2500 livres en 2001. « L’agriculture se trouve au creux du cycle », soulignait sobrement ce rapport.

Ce secteur avait en outre déjà été durement affaibli par la crise de la vache folle, qui a miné la confiance des consommateurs dans leur alimentation.

Il faudra au moins deux ans pour que l’agriculture se remette de la fièvre aphteuse, selon le NFU. « C’était bien plus long pour la vache folle », relève M. Haworth avec optimisme.

Neuf mois après le début de l’épizootie, les dernières restrictions les plus sévères en Cumbria (nord-ouest), région du pays la plus éprouvée, ont été levées mercredi. Aucun nouveau cas n’a été confirmé depuis le 30 septembre et la large majorité du pays est désormais considéré comme hors de danger.

Mais les foires dans les comtés ruraux n’ont toujours pas repris et plusieurs cheptels, constitués après de longues années de travail, ont été détruits. La presse a rapporté le cas d’au moins deux fermiers qui se sont suicidés à cause de ce nouveau coup dur.

Le ministre des Finances Gordon Brown a estimé à 2,7 milliards de livres le coût financier de cette crise pour le gouvernement. Les agriculteurs ont reçu des compensations mais le tourisme et les petites entreprises en milieu rural réclament eux aussi une aide.

Le gouvernement chiffre à 3,3 mds L les pertes subies par le tourisme. La campagne anglaise avait été placée en quarantaine dès le début de l’épizootie, avec la fermeture de sentiers de randonnées, parcs naturels et sites historiques.

Les pubs par exemple, situés dans les régions les plus touchées, ont subi une chute de près de 40% de leur chiffre d’affaires au printemps, selon l’Association des brasseurs et proprétaires de débits de boissons.

Enfin, des petites entreprises rurales ont lancé une campagne et veulent poursuivre le gouvernement en justice, qu’ils accusent de négligence, pour recouvrer leurs pertes dues à l’épidémie, estimées à 5 mds L.

Le gouvernement (et le NFU) ont été critiqués pour leur opposition à la vaccination. Plusieurs éleveurs, mais aussi des chercheurs, se sont élevés contre la politique d’abattage systématique pratiquée.

Parmi les victimes de cette crise figure le ministère de l’Agriculture, dont la lourdeur dans la gestion de la crise a été dénoncée. Il a été remplacé après les élections générales de mai dernier par un nouveau « ministère des Affaires rurales, de l’Environnement et de l’Alimentation ».

Depuis février dernier, plus de quatre millions d’animaux ont été tués sur un cheptel de 55 millions.

Des cas de fièvre aphteuse ont été détectés dans 2030 fermes, mais 5000 supplémentaires ont vu leurs animaux abattus par mesure de précaution.

Source : AFP

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