Grippe aviaire : un réseau mondial de surveillance avec des maillons faibles

Genève (Suisse), 22 septembre 2005 – L’Organisation mondiale de la santé (OMS) coordonne la lutte contre les maladies infectieuses, y compris la grippe aviaire, mais cette agence de l’Onu dépend dans une large mesure de la bonne volonté et des capacités de détection de ses 192 Etats membres.

Son système d’alerte repère toute flambée épidémique et recommande des mesures (vaccination, contrôle aux frontières, restriction des voyages vers la zone affectée). Un réseau spécifique pour la grippe relie 112 laboratoires agréés dans 83 pays.

Dans le cas de la grippe aviaire, alerte et analyse rapides sont essentielles car c’est la transformation du virus actuel H5N1 en une souche transmissible entre humains qui donnera le signal de la pandémie redoutée.

Cette mutation peut survenir du jour au lendemain si le H5N1 se combine avec le virus humain de la grippe dans le corps d’un animal réceptif comme le porc.

« Il nous faut un meilleur système de surveillance », explique Christine McNab, porte-parole de l’OMS. « Nous devons obtenir les résultats (d’analyses) rapidement pour déterminer s’il s’agit du même virus ou d’une nouvelle souche ».

Mais les Etats membres n’ont pas tous les mêmes capacités ni la même volonté de transparence. La préparation à une pandémie « étant coûteuse, les pays riches sont actuellement les mieux préparés » alors que c’est dans des pays pauvres que le H5N1 s’installe et fait des victimes, constate l’OMS.

Pour l’instant, seule une quarantaine de pays ont un plan d’action anti-grippe aviaire, « plus ou moins complet ».

Pour Margaret Chan, responsable de la grippe pandémique à l’OMS, il faut « aider les pays qui n’en ont pas les moyens à mettre en oeuvre des capacités de surveillance de la maladie, de dépistage des volailles et de réponse au risque de pandémie ».

Une réunion est prévue en novembre à Fidji pour coordonner l’aide aux pays du Pacifique sud et l’OMS prépare un catalogue des besoins pays par pays qui sera présenté aux donateurs à Genève début novembre. La facture se chiffre à 160 millions de dollars pour la seule région Asie-Pacifique.

L’autre difficulté, constate l’OMS, est que les éleveurs du sud-est asiatique qui ont dû abattre 50 millions de volailles sans indemnité « ne seront pas forcément incités à signaler » les cas de contamination.

La spécificité de la grippe aviaire, dont le virus saute la barrière des espèces, impose aussi à l’OMS de coopérer avec les deux organismes internationaux qui s’occupent de santé animale: la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale).

Le nouveau Règlement sanitaire international adopté en mai engage les pays de l’OMS à réagir plus rapidement en cas d’épidémie et à mieux s’y préparer mais l’OMS n’a pas de moyen de les y obliger, hormis des rappels à l’ordre, discrets ou publics.

Depuis l’épidémie de SRAS (pneumonie atypique) de 2002-2003, que la Chine avait cherché à minimiser, l’OMS n’hésite plus à critiquer publiquement les gouvernements récalcitrants.

En juillet, l’agence avait reproché à Pékin de ne pas lui avoir transmis des échantillons du virus prélevé sur des milliers d’oiseaux migrateurs retrouvés morts.

Pour gagner du temps en attendant de produire en masse un vaccin, l’OMS a commencé à stocker des médicaments antiviraux — de quoi traiter à terme six millions de personnes — qui seront prépositionnés dans les zones à risques, par exemple au bureau régional de l’OMS à Manille.

Par ailleurs, trente pays ont déjà passé commande au groupe pharmaceutique suisse Roche d’antiviraux pour leurs stocks nationaux.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
http://www.fao.org

Organisation mondiale de la santé (OMS)
http://www.who.int/

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