José Bové a mis en scène son incarcération

Villeneuve-les-Maguelone (France), 19 juin 2002 – Maîtrisant parfaitement les techniques de la communication, José Bové a mis en scène son incarcération en organisant une véritable caravane champêtre anti-OGM entre le plateau du Larzac (Aveyron) et la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), près de Montpellier, où il a été incarcéré peu après 16h.

Coiffé d’une casquette de sportif, le porte-parole de la Confédération paysanne, juché sur son tracteur agricole en tête du convoi, a quitté sa propriété de Potensac (Aveyron) à 6h20 du matin avec un sac rempli de vêtements d’été, de livres sur la mondialisation et de cahiers pour écrire dans sa cellule, où il devrait passer une quarantaine de jours.

Il doit purger un reliquat de peine de deux mois et dix jours, sur les trois mois ferme confirmés par la Cour de cassation le 6 février dernier pour les dégradations commises contre le McDonald’s en construction de Millau (Aveyron) le 12 août 1999.

Ce jour-là des militants de la Confédération paysanne avaient fait pour 720 000ff de dégâts, dans cette action de protestation contre la surtaxation à 100% par les Etats-Unis de certains produits français -le roquefort notamment-, en représailles au maintien de l’embargo par l’Union européenne sur le boeuf aux hormones américain.

« Grâce au jeu de remises de peine et la grâce présidentielle du 14 juillet, José Bové sera libérable dans 40 jours », a confirmé Me Alain Roux, son avocat montpelliérain.

Le convoi, composé de tracteurs, de camions et de voitures sur lesquelles étaient placardés des slogans comme « OGMPoison », « BovéPrisonChirac », ou encore « Non aux hormones, oui au roquefort », a emprunté à vitesse réduite mais à grand renfort de klaxons les petites routes départementales de l’Aveyron et de l’Hérault, escorté par des véhicules et des motards de la gendarmerie.

Lors de la traversée de nombreux villages, José Bové et les militants ont été accueillis par des salves d’applaudissement et des cris de félicitation.

A Aniane, à 40km à l’ouest de Montpellier, lors de la pause casse-croûte (avec, au menu, produits du terroir: roquefort bien sûr et cerises fraîchement cueillies), José Bové a signé des autographes et a reçu plusieurs centaines d’encouragements de jeunes et de moins jeunes, sous les yeux de touristes étonnés.

Le convoi est reparti pour s’arrêter peu après 14h devant l’enceinte nord de la maison d’arrêt. Sous la canicule, José Bové et les neuf membres de la Confédération paysanne présents pour le démontage musclé du McDonald’s se sont enchaînés. Et c’est habillé en bagnard que José Bové s’est rendu à pied avec les militants, dont l’un arborait un masque de Chirac, jusqu’à l’entrée de la prison où les forces de l’ordre avaient pris position.

Avant de rentrer par la grande porte dans cette prison où il avait déjà séjourné 19 jours en détention préventive après sa mise en examen, José Bové s’est une nouvelle fois posé en victime. « Jeter en prison un syndicaliste, voilà le premier acte fort du gouvernement Raffarin. La lutte syndicale va faire l’objet de répression, c’est choquant ».

S’adressant aux quelque 500 militants et sympathisants de la Confédération paysanne et de l’association antimondialisation Attac, il a ajouté: « je compte sur vous pour continuer la lutte contre les OGM. Il faut dire tout haut que l’Europe est condamnée pour son refus d’importer les boeufs aux hormones ».

Parmi les 500 militants qui ont acclamé le discours de José Bové se trouvait Dominique Soullier, le responsable de la Confédération paysanne de l’Hérault, et qui s’était enchaîné avec José Bové. « La justice doit être la même pour tout le monde. Nous sommes venus accompagner José Bové pour que nous soyons emprisonnés avec lui. Nous étions dix pour le démontage du McDonald’s, pourquoi seul José Bové va en prison? »

Il a averti que « la Confédération paysanne allait reprendre ses actions pour bien marquer son soutien à notre leader emblématique, et pour bien insister sur cette injustice ».

José Bové est devenu le détenu vedette de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone qui compte notamment, parmi ses 700 prisonniers, Patrice Alègre, le tueur en série toulousain.

Source : AP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Confédération paysanne

http://www.confederationpaysanne.fr/

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