La banane, faute de diversité génétique, risque de disparaître

Paris (France), 16 janvier 2003 – La banane, le fruit le plus populaire dans tous les supermarchés du monde, pourrait disparaître d’ici une dizaine d’années, selon les chercheurs, car elle manque de diversité génétique pour résister aux assauts d’une maladie qui a ressurgi avec virulence sur plusieurs continents.

« Depuis 4 ou 5 ans, une nouvelle souche de la maladie dite de Panama est réapparue en Asie. Si cette maladie, qui a déjà gagné l’Australie et l’Afrique du Sud, venait à ravager les plantations d’Amérique latine et des Caraïbes, on arriverait à une extinction de la Cavendish, unique variété d’exportation, d’ici une dizaine d’années », a expliqué à l’AFP Emile Frison, phytopathologiste à l’INIBAP (Réseau international pour l’amélioration de la banane et de la banane plantain), à Montpellier.

Cette maladie avait, il y a cinquante ans, eu raison de « Gros Michel, la seule variété d’exportation existant à l’époque, qui avait été découverte par des botanistes français en Asie dans les années 20 ». L’autre maladie de la banane, la Sigatoka, qui attaque les feuilles du bananier, est pour cette raison plus facile à traiter, rappelle l’hebdomadaire britannique New Scientist à paraître samedi dans un dossier sur le sujet.

Résistante à la maladie de Panama, un champignon qui s’installe dans le sol pendant plusieurs années et contre lequel les pulvérisations de fongicides ne peuvent rien, la Cavendish, découverte par les Britanniques au XIXème en Chine, a littéralement sauvé l’industrie bananière. Depuis les années 1960, elle est pratiquement la seule variété proposée dans les supermarchés.

Pourtant, près de 90% de la production mondiale de bananes vient de variétés provenant de petites exploitations, consommées localement dans des pays où elle est un aliment de base. En Ouganda, souligne Emile Frison, le même mot « matoke » signifie à la fois banane et nourriture.

Un demi-milliard d’hommes, en Asie et en Afrique, dépendent de la banane comme source essentielle de calories. On compte 6 groupes de variétés, chacune génétiquement homogène.

La banane, qui n’est guère plus qu’un dessert dans nos pays, existe depuis au moins 9.000 ans, comme en attestent des fragments fossilisés de feuilles de bananiers trouvés en Papouasie-Nouvelle Guinée dans des sédiments. Parmi les aliments de base, la banane est la quatrième culture dans les pays tropicaux, derrière le riz, le blé et le maïs. Selon le chercheur, la banane n’attire que des investissements « ridicules » par rapport à ces autres cultures et les trois ou quatre firmes qui dominent ce marché n’ont « jusqu’à présent pas investi du tout dans la recherche à long terme ».

« Il faut rechercher des variétés résistantes, ce qui est particulièrement difficile car les bananes sont entièrement ou partiellement stériles (elles se reproduisent grâce aux rejets qui prennent la relève à la base du plant lorsque le régime est récolté, ndlr). Or il n’existe que 5 personnes au monde qui travaillent sur l’amélioration génétique de la banane par croisement classique, qui n’est possible que dans le cas des variétés non entièrement stériles », par une méthode très aléatoire de pollinisation manuelle, regrette le chercheur.

Pour garantir la survie de la Cavendish, totalement stérile, seule la manipulation génétique est envisageable.

Emile Frison dirige un consortium international pour séquencer le génome de la banane d’ici 5 ans, ce qui facilitera les recherches sur l’amélioration des variétés vitales pour les Africains. En Afrique, l’Ouganda est le premier pays à s’équiper d’un centre de recherche pour la modification génétique de la banane.

Source : AFP

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