La Chine veut permettre à ses campagnes de rattraper leur retard

Pékin (Chine), 5 mars 2004 – La Chine, sur la voie d’une croissance plus modérée et d’une inflation limitée, prévoit un déficit budgétaire de 38,6 milliards de dollars cette année, afin notamment d’aider ses campagnes à rattraper le niveau de vie des villes.

Dans un discours qui doit être prononcé samedi au Congrès national du peuple – le parlement, Ma Kai, responsable du développement, explique qu’il vise à éviter à la sixième puissance économique mondiale d’être ballottée par de violents « hauts et bas ».

La Chine entend maintenir son inflation à 3% et limiter la croissance de la masse monétaire aux environs de 17%, afin d’endiguer le flot de liquidités qui a contribué à pousser l’inflation annuelle à 3,2% en janvier, son plus haut niveau en près de sept ans.

Ma, qui préside la Commission publique de développement et de réforme, un puissant ministère chargé de gouverner l’économie, table sur une croissance d’environ 7% en 2004, contre plus de 9,1% en 2003.

Plusieurs autres responsables ont fait état d’un ralentissement de la croissance, devenue une source de fascination à travers le monde, la Chine important des quantités d’équipements et de matières premières pour revendre des exportations bon marché.

Vendredi, le Premier ministre Wen Jiabao s’est engagé dans son discours annuel au parlement à freiner le rythme de la croissance et à aider des centaines de millions d’agriculteurs mécontents de la stagnation de leur niveau de vie, de la corruption et de la pénurie de services de base.

Le Parti communiste au pouvoir craint que l’aggravation du fossé des richesses, creusé par le développement accéléré des villes des zones côtières, entraîne des troubles sociaux et sape son autorité sur la population de 1,3 milliard de Chinois.

Incertitudes mondiales
Les emprunts spéciaux consacrés aux projets de travaux publics, comme les routes et les infrastructures, pourraient désormais être destinés à renforcer les systèmes médicaux et éducatifs, explique le ministre des Finances Jin Renqing.

Jin prévoit des dépenses publiques totales de 2.680 milliards de yuans (323,3 milliards de dollars) et des recettes de 2.357 milliards, produisant un déficit de 319,8 milliards – mais c’est la première fois depuis plusieurs années que le déficit n’est pas creusé.

Pour contribuer à financer le déficit budgétaire de cette année et à rembourser des dettes anciennes, Jin a présenté un plan d’émissions de fonds d’Etat pour un montant de 702,2 milliards de yuans cette année.

« Il y a actuellement une certaine incertitude sur l’évolution de la conjoncture économique mondiale, et les fondations pour un développement durable de l’économie chinoise ne sont pas stables », note Jin pour expliquer la hausse des dépenses de la puissance économique affichant la plus forte croissance du monde.

Le nouveau budget signifie que le déficit sera inférieur à 3% du produit intérieur brut de l’an dernier, dans la limite de sécurité fixée par les économistes.

Jin propose également une hausse de 11,6% du budget de la défense à 207 milliards de yuans, face à la menace toujours présente d’une crise sérieuse avec Taiwan.

Hausse du chômage
Sur la question des changes, Ma a annoncé que la Chine travaillerait à mettre en place « le mécanisme de changes parfait » pour le yuan, tout en maintenant la stabilité de la devise, fixée à une parité d’environ 8,28 pour un dollar américain.

La Chine n’a pas voulu réévaluer le yuan comme le lui ont demandé avec insistance les Etats-Unis et le Japon, estimant que son économie est trop fragile pour résister à un brusque changement.

Ma prévoit également une hausse de 8% du commerce extérieur, sans fournir de répartition entre exportations et importations. L’année dernière, les exportations de la Chine ont augmenté de près de 35% et les importations de quasiment 40%.

Le taux de chômage officiel devrait passer de 4,3% à 4,7% environ cette année. La Chine oblige ses sociétés publiques trop peu efficaces à supprimer de plus en plus d’emplois.

Mais les chiffres ne prennent en compte que les chômeurs urbains inscrits auprès des autorités et bon nombre d’économistes estiment que le taux réel est en fait le double.

Source : Reuters

Commentaires