La sécheresse en Europe : consommation d’eau limitée, récoltes menacées

Paris (France), 25 juillet 2003 – La canicule et la sécheresse qui continuaient de sévir sur une partie de l’Europe ont poussé plusieurs pays à prendre des mesures pour réduire la consommation d’eau, alors que la navigation fluviale reste perturbée et les récoltes menacées.

En Allemagne, le Rhin est à son niveau le plus bas depuis 27 ans pour un mois de juillet, tandis que l’Elbe atteint à Dresde (est) une cote de 88 cm, contre 2 mètres habituellement.

Le Pô, principal fleuve d’Italie dans le nord du pays, et le Danube sont également affectés par la baisse du niveau des eaux, qui gêne l’irrigation et la navigation.

L’Italie fait face à une situation de « grande urgence » et risque d’épuiser ses ressources en eau, a estimé le chef de la protection civile Guido Bertolaso.

Le 20 juillet, les vannes des bassins de retenue en altitude ont été ouvertes pour alimenter les lacs qui à leur tour alimentent le Pô et ses affluents, ce qui permet pour le moment de maintenir un niveau d’eau suffisant pour l’agriculture et l’industrie.

Les vannes seront fermées le 3 août, fin de la saison d’irrigation dans l’agriculture et début de la période de fermeture estivale de nombreuses usines.

La sécheresse pourrait entraîner une baisse des récoltes de 20% à 40% en Italie où la protection civile va inviter la population à ne pas gaspiller l’eau.

La consommation d’électricité atteint des records à cause de l’utilisation d’appareils à air conditionné, entraînant des risques de coupures de courant jusqu’à jeudi, selon la société gestionnaire du réseau italien.

La Croatie est confrontée à la plus grave sécheresse depuis 50 ans, avec des températures frôlant parfois les 40 degrés Celsius, des cultures compromises. Des zones touristiques, telles que l’Istrie (nord) et les îles de Krk (nord) et Pag (centre), sont menacées par le manque d’eau potable, selon plusieurs spécialistes.

« Nous n’avons pas connu une telle sécheresse depuis un demi-siècle », a déclaré mercredi Zvonimir Katusin, responsable à l’Institut croate d’hydrologie et météorologie, alors que la température atteignait 38°C en fin de matinée à Zagreb.

Plusieurs départements croates ont été déclarés « zone sinistrée ». Dans le centre, cultures de blé et de pommes de terre, vignobles et oliveraies ont subi des dégâts.

Dans la région de Dubrovnik (sud), les pompiers ont réussi mercredi, après six jours de combat, à « contenir » un incendie qui a ravagé plus de 600 hectares.

En Espagne, la canicule a fait exploser la consommation d’eau dans les environs de Madrid, et les autorités ont décidé de doubler le prix du mètre cube d’eau au-delà d’une consommation de 501 litres par jour et par foyer. Aucune mesure de restriction d’eau n’a en revanche été décidée dans le sud du pays.

En France, la sécheresse « touche désormais la plus grande partie » du pays, selon le ministère de l’Ecologie. Elle a déjà conduit à une restriction de la consommation d’eau dans près de la moitié des départements et « entraîne une forte hausse des risques d’incendies ».

Quant à l’Allemagne, la sécheresse pourrait avoir des conséquences plus graves pour l’agriculture que les inondations de l’an passé, selon la fédération paysanne allemande.

En Hongrie, les dommages sont « sans précédent » et dépasseront les 100 millions d’euros dans le secteur agricole, a déclaré mercredi un responsable du ministère de l’Agriculture. Les agriculteurs ont perdu de 20% à 30% de leurs récoltes, selon leurs représentants.

En Autriche, une baisse des récoltes de légumes et de fruits, estimée à 2%, est prévue par les experts.

La canicule peut cependant avoir des effets positifs: les eaux de la mer Baltique atteignent des records de chaleur, avec 21°C dans certains endroits, et les stations balnéaires allemandes sur la Baltique affichent quasiment complet.

Comme l’Italie, l’Espagne et la Grèce sont également touchés par la sécheresse, les importations n’ont pu combler le déficit français et les consommateurs se ruant, à cause de la chaleur, sur les fruits frais, les prix ont mécaniquement monté (+15,2% en juin par rapport à juin 2002). Les plus petites nectarines (calibre C) ont même dû être autorisées cette année à la vente alors qu’elle ne sont pas mises en marché habituellement, souligne M. Onfroy.

Devant l’envolée des prix, Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles), le plus important syndicat agricole, appelle « la distribution à modérer ses marges », affirmant que le prix final ne doit pas être systématiquement être le triple de celui payé au producteur.

Seule consolation: la qualité des fruits, « très chargés en sucres », est cette année « exceptionnelle », selon Interfel.

Pour le mois d’août, alors que les abricots et les pêches devraient être proposés en très faible quantité, les raisins vont arriver avec deux à trois semaines d’avance sur la normale: dès le début du mois pour ceux d’importation et à la mi-août pour ceux produits dans l’Hexagone.

Mais les vignobles ont également souffert. C’est ainsi que le BIVB (Bureau d’information des vins de Bourgogne) a annoncé jeudi que la récolte de 2003 dans cette région ne devrait atteindre que 1.343.825 hectolitres, soit une baisse de 15% par rapport à 2002.

Toutefois un beau millésime 2003 se prépare pour toutes les régions viticoles, selon l’Office national interprofessionnel des vins (Onivins) mais à condition que la canicule actuelle ne persiste pas.

Ces aléas climatiques ne vont pas toutefois empêcher Interfel de lancer, le 15 septembre, une énorme campagne de promotion pour la consommation de fruits et légumes, pour un montant de près de 20 M d’euros sur trois ans.

Le but d’Interfel est en effet de doubler la consommation de fruits et légumes en 10 ans en faisant passer celle-ci de 4,7 fruits et légumes par jour et par Français en 2000 à 10 en 2010 avec une étape intermédiaire de 6 en 2006.

En 2000, 20% de la population consommait moins de 1,5 fruit et légume par jour alors que 19 % était déjà à l’objectif fixé avec plus de 9,5 fruits et légumes.

Source : AFP

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