L’économie américaine a progressé de 0,3% au 2e trimestre

Washington (États-Unis), 28 septembre 2001 – L’économie américaine a fait preuve de résistance au deuxième trimestre, mais la chute de la confiance du consommateur en septembre suggère qu’elle aura du mal à éviter la récession au second semestre.

Le Produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis a progressé de 0,3% en rythme annuel au deuxième trimestre, selon les données définitives publiées vendredi par le département du Commerce – alors que les économistes tablaient sur une avancée symbolique de 0,1% – mais un indice très suivi de la confiance du consommateur américain est tombé pour le mois de septembre à son niveau le plus bas depuis huit ans.

L’indice de confiance établi par l’université du Michigan est tombé de 91,5 en août à 81,8 en septembre selon les chiffres définitifs publiés vendredi, soit une baisse de près de 10 points, même si la glissade est légèrement moins forte que ne l’avaient anticipé les économistes qui tablaient sur un indice à moins de 80 (79,6).

Ce qui augure mal des dépenses de consommation qui ont été des derniers mois le principal moteur de résistance de l’économie américaine.

Si l’on regarde de plus près l’indice, on constate que le sentiment du consommateur a vraiment décroché une semaine après les attentats du 11 septembre. Dans la semaine qui a suivi la destruction du Pentagone et des tours jumelles du World Trade Center, le consommateur a gardé confiance – l’indice est monté à 88,3 contre 83,6 selon les données préliminaires recueillies avant le 11 septembre – pour ensuite perdre le moral : l’indice a chuté à 72,2 lors de la deuxième semaine, en baisse de 20 points sur l’indice définitif du mois d’août.

« Cela semble conforme aux informations qui indiquent que les consommateurs ont réduit leurs achats après les attentats, commente Gary Thayer, économiste en chef chez A.G. Edwards and Sons à St. Louis. Le risque s’accroît que nous soyons en récession au cours des prochains trimestres. »

La croissance au plus bas depuis janvier 1993

Même si la croissance du PIB a été révisée en hausse au deuxième trimestre – elle s’était établie à 0,2% lors de l’estimation précédente du département du commerce – l’économie américaine se situe à son niveau le plus faible depuis le premier trimestre de 1993. Lors des trois premiers mois de 1993, le PIB s’était contracté de 0,1%.

La croissance des Etats-Unis était ressortie à 1,3% au premier trimestre et à 4,1% sur l’année 2000.

Le fait que le PIB ne se soit pas contracté au deuxième trimestre est important sur le plan technique. La plupart des économistes prévoient en effet une contraction de l’économie au troisième trimestre à cause du coup de déprime provoqué par les attentats qui ont frappé les Etats-Unis. Or, selon la définition admise, un pays est dit en récession quand son PIB s’est contracté pendant deux trimestres consécutifs.

« C’est encourageant, mais n’oublions pas que ce qui nous intéresse maintenant, c’est le troisième trimestre et les mois qui suivront. Et en la matière, les choses sont plus sombres. (Le PIB du deuxième trimestre) concerne le passé et les investisseurs regardent vers l’avenir », affirme Hugh Johnson de First Albany Corp.

C’est la baisse des importations qui a aidé à produire un chiffre du PIB meilleur que prévu au deuxième trimestre. La demande en produits d’importation pèse généralement sur la croissance.

Le chiffre publié vendredi ne va pas faire disparaître les craintes des économistes concernant le troisième trimestre. Depuis les attentats, le trafic aérien est très perturbé et les consommateurs devenus plus prudents réduisent fortement leurs dépenses. Le risque est donc réel pour une économie qui connaissait déjà un ralentissement très net avant les attentats.

La baisse de la confiance du consommateur devrait être l’une des conséquences les plus durables des attentats. Or cela constitue un élément très préoccupant, les dépenses de consommation constituant les deux tiers du PIB des Etats-Unis.

« Le troisième trimestre va très certainement être négatif. On en a été proche au deuxième trimestre, même si l’on a pas véritablement vu le début de la récession, » commente Alan Levenson, chef économiste chez T. Rowe Price Associates.

Bond de 5% des dépenses publiques

« Le monde a changé de façon radicale le 11 septembre et regarder en arrière comment l’économie se comportait au deuxième trimestre est intéressant mais vraisemblablement sans grande signification pour les opérateurs, » nuance pour sa part Rich Meckler de Liberty View.

Jusqu’ici, le niveau des dépenses de consommation était considéré comme le dernier maillon qui empêchait l’économie américaine de tomber en récession, alors que les investissements des entreprises étaient en forte baisse.

Au deuxième trimestre, les dépenses de consommation ont progressé de 2,5%, inchangées par rapport à l’estimation précédente du département du Commerce.

L’investissement productif des entreprises a reculé de 14,6%. C’est la plus forte baisse depuis le deuxième trimestre 1980. Or, par ailleurs, les entreprises ont réduit leurs stocks de $38,3 milliards.

Autre élément qui a soutenu l’économie américaine au deuxième trimestre : les dépenses publiques ont bondi de 5%.

Parmi les points de résistance apparaissant dans le rapport du département du Commerce, le bénéfice net des entreprises a diminué de 1,7% au deuxième trimestre, soit une baisse moins forte que les 2% prévus dans l’estimation précédente.

Autre point encourageant, notamment dans la perspective d’une nouvelle baisse des taux aux Etats-Unis, l’inflation est restée modérée. L’indice PCE (Personal Consumption Expenditures) des prix des dépenses de consommation des ménages n’a progressé que de 1,3%. Hors éléments volatils (alimentation et énergie), l’indice ne progresse que de 0,7%. C’est la plus faible hausse de l’indice depuis le quatrième trimestre 1962.

Source : Reuters

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