Prévention du suicide : « Il faut poser la question », dit l’ACFA

Du 1er au 7 février, c'est la Semaine de prévention du suicide

Publié: il y a 2 heures

Prévention du suicide : « Il faut poser la question », dit l’ACFA

Chaque jour, en moyenne, trois Québécois s’enlèvent la vie, révèle l’Association québécoise de la prévention du suicide. Il s’agit d’amis, de parents, d’enfants ou de conjoints. Cette semaine marque la Semaine de prévention du suicide et un appel est lancé à tous ceux qui éprouvent de la détresse ainsi qu’à leur entourage.

Le message résonne tout particulièrement cette année en Montérégie. Le suicide d’un producteur laitier a ébranlé sa famille immédiate et toute une communauté qui se sont retrouvées dépourvues de soutien lors de la tragédie. Il a fallu de nombreuses démarches avant d’obtenir l’aide nécessaire.

Au coeur des familles agricoles

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Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA) n’est pas habilité à intervenir dans ce genre de situation, explique la directrice Marie-Louise Lemire. « L’ACFA n’a jamais été un intervenant de crise. Notre personnel n’a pas la formation nécessaire pour agir dans ce genre de situation où tout un protocole doit être mis en place. (…) Cela demanderait aussi une présence 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, et on est à peine financé pour ce qu’on peut faire », explique-t-elle.

Ligne de santé mentale d’info santé

Malgré ce qu’on peut entendre, il existe bel et bien des ressources dans le cas de crises majeures. Il faut dans ces cas composer la ligne de santé mentale d’Info santé, soit le 811 et choisir l’option 2. « Contrairement à l’accès aux informations médicales, la réponse est très rapide. Les gens vont pouvoir être référés. Après, on peut nous appeler en renfort pour l’aide de première ligne. Une personne va venir pour les accès aux différents services disponibles, faire de l’accompagnement, référer et surtout, être là pour le long terme, parce que souvent, après les funérailles, l’aide de l’entourage disparait. » Les centres de prévention sociale sont d’autres ressources accessibles, ajoute la directrice.

Un contexte agricole pas toujours compris

Des récents événements font ressortir le fait que les enjeux entourant l’accompagnement en situation de crise en agriculture sont encore mal compris. Les intervenants de première ligne, comme les pompiers et les policiers, doivent être sensibilisés au contexte particulier, surtout dans le cas des exploitations agricoles travaillant avec du vivant qui demandent des réponses immédiates, souligne Marie-Louise Lemire.

L’ACFA doit procéder à des démarches à chaque centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de manière individuelle puisque chacun fonctionne de manière autonome, ce qui multiplie les démarches. Seulement en Montérégie, il existe trois CISSS, donc autant de contacts à faire pour une équipe qui compte deux personnes à l’administration. « On essaie d’être inséré dans le protocole d’aide, mais il y a en pour lesquels on n’a pas encore réussi parce qu’ils sont très sévères et très difficiles d’accès dans leurs structures. »

D’autres fois, c’est une absence de réceptivité de la part des organismes en cause qui se fait sentir. « On se fait dire qu’il faut étudier la demande, ou qu’on est nouveau au poste. On dirait qu’on est une patate chaude. »

Cap sur la prévention

L’ACFA se concentre sur sa première mission qui est la prévention. Encore là, dans certaines régions, l’absence de ressources financières menace l’aide sur le terrain. C’est le cas en Abitibi-Témiscamingue où le financement pour les travailleuses de rang prendra fin le 31 mars 2026. Dans la région de l’Outaouais-Laurentides, le CISS a réduit de 200 000$ le financement pour le même service, un coup dur pour l’organisme régional qui le soutient.

Marie-Louise Lemire ajoute que l’ACFA serait prête à évoluer selon les demandes du milieu et à ajouter des services, mais que l’association possède à peine le financement suffisant pour réaliser son mandat principal.

En attendant, la directrice plaide pour obtenir plus de données concernant les cas de suicide. Actuellement, les coroners n’ont pas le mandat de recueillir des informations sur les causes et le portait des victimes. L’absence de données nuit donc à l’aide qui pourrait être apportée.

Le même message est lancé aux universitaires. Pour aider la prévention, il faudrait des études sur le portrait de la situation au Québec, ce qui manque cruellement aujourd’hui. Et pour finir, une volonté politique est nécessaire pour prévenir les suicides. « Comme une amie agricultrice disait, il faut arrêter d’avoir la tête dans la paille! L’ACFA a des solutions et on est sur le terrain. On est prêt à aider », dit la directrice.

Mais surtout, Marie-Louise Lemire conseille de ne pas se gêner et de poser la question. « Est-ce que tu penses au suicide? Demander permet d’ouvrir la discussion et le dialogue. C’est d’autant plus important pour les sentinelles. Il ne faut pas avoir peur de franchir les limites et d’aborder la vie privée. Le pire qui peut arriver, c’est de se faire dire non », dit-elle.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Céline Normandin

Céline Normandin

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.