Le fossé reste entier entre pro et anti-OGM à l’issue du débat public

Paris (France), 5 février 2002 – Le fossé reste entier entre pro et anti-OGM à l’issue du débat public organisé lundi et mardi dernier à la demande du Premier ministre, mais tous ont mis en garde contre un débat « alibi » et réclamé une réponse claire du gouvernement, alors que les essais sont au point mort en France.

Aucune expérimentation à l’air libre n’a été autorisée pour 2002, et une seule a été demandée, même si des essais se poursuivent dans le cadre des programmes précédents. 39 hectares d’organismes génétiquement modifiés étaient plantés en 2001 en France à titre expérimental, contre plus du double deux ans plus tôt.

Les partisans des OGM -semenciers, industriels- ont mis en garde contre les retards pris dans la course aux biotechnologies. « Que se passera-t-il si dans trente ans nous avons dans les semences un monopole comme celui de Microsoft dans l’informatique? », a interrogé Alain Chalandon, membre du comité exécutif d’Aventis Cropscience.

Bernard Moser, secrétaire général de la Confédération paysanne à l’origine des fauchages de champs OGM en France l’été dernier, a exigé « l’arrêt immédiat des essais en plein champ ». « Nous refusons de débattre de la transparence des essais. Le débat premier ne porte pas sur les essais mais sur l’intérêt des OGM pour la société », a-t-il souligné. La Confédération paysanne prendra « prochainement » une décision sur la poursuite ou non des arrachages.

Quatre « sages » doivent rendre un avis au gouvernement d’ici la mi-février: les présidents de l’Office parlementaire des choix scientifiques Jean-Yves Le Déaut, du Comité consultatif d’éthique Didier Sicart, de la Commission française du développement durable Jacques Testart et du Conseil national de l’alimentation Christian Babusiaux.

« J’aimerais que ce débat n’aboutisse pas à un énième rapport dans un énième tiroir », s’est exclamée Marie-Angèle Hermitte, spécialiste du droit des biotechnologies.

Gérald Assouline, de l’association inf’OGM, a regretté un débat « hâtif », juste avant les élections, alors qu’il « mériterait d’être au coeur des débats électoraux sur les choix en matière d’agriculture ».

Les participants ont souhaité qu’un contrôle citoyen soit mis en place, parallèlement à l’expertise scientifique exercée par la Commission du génie biomoléculaire (CGB).

La CGB, majoritairement composée de scientifiques, comprend un représentant des consommateurs et un du parlement. Au sein des experts, certaines disciplines comme la toxicologie et l’écologie sont sous-représentées, ont souligné plusieurs chercheurs.

Déjà en 1998, un panel de citoyens chargés de débattre des OGM avait recommandé la mise en place d’une « commission sociétale » parallèlement à la CGB. « Le débat n’a pas beaucoup avancé depuis 1998 », a constaté Marc Planche, un des 14 citoyens du débat de 1998.

Des lycéens ont regretté d’avoir servi de « faire valoir » dans un débat « entre spécialistes ». Mieux armés, les étudiants de l’Institut national agronomique ont jugé les essais en plein champ « nécessaires » et posé trois principes: parcimonie, précaution et suivi renforcé. « Il faut focaliser l’effort de recherche sur l’impact sur l’environnement », a estimé un étudiant.

Anne-Sophie Vallet, du lycée agricole de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), a regretté « l’absence de débat éthique: est-ce qu’on a le droit de manipuler les gènes? » « Si tout le monde fait des OGM, ce sont les plantes normales qui seront bientôt sous serre », s’est inquiétée sa camarade Isabelle Galimberti.

Source : AFP

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