Le réchauffement du climat met en danger les écosystèmes

Washington (États-Unis), 20 juin 2002 – Le réchauffement du climat de la planète va accroître les risques de maladies épidémiques chez les animaux et les plantes terrestres et aquatiques, avec pour corollaire une augmentation des risques aussi pour l’homme, selon les conclusions d’une étude à paru dans la revue Science.

Des chercheurs du Centre national d’analyse écologique ont étudié pendant deux ans les déclenchements d’épizootie (faune) et d’épiphytie (flore) en relation avec les mécanismes de changement de température ou de saison susceptibles de les influencer.

« Ce qui est le plus surprenant est le fait que ces épidémies sensibles au climat surviennent avec des types tellement différents de pathogènes – virus, bactéries, champignons et parasites – ainsi que la grande diversité d’hôtes, y compris les coraux, les huîtres, les plantes terrestres, les oiseaux et les humains », a souligné l’auteur principale de l’étude, Drew Harvell, de l’Université de Cornell.

Les chercheurs ont étudié comment de légers changements de température influaient sur le développement des virus, bactéries et autres éléments pathogènes et des vecteurs de propagation de certaines maladies, tels que les moustiques, les tiques, les rongeurs, etc.

Avec la hausse des températures, ces porteurs de maladies étendent leur territoire et affectent des populations sauvages jusqu’à présent épargnées.

Les hivers, de plus en plus doux, ne jouent plus par ailleurs leur rôle de limiteur naturel des populations de germes pathogènes.

Quant aux étés, ils sont plus chauds mais aussi plus longs, ce qui augmente la durée de transmission des maladies chez les espèces sensibles au « stress » thermique, en particulier dans les océans.

« Ce n’est pas juste un problème de coraux blanchis pour les écologistes marins ou de quelques cas de malaria pour les responsables sanitaires », explique Richard Ostfeld, de l’Institut d’études des écosystèmes, à Millbrook (New York) et co-auteur de l’étude. « Nous ne voulons pas paraître alarmistes mais nous sommes alarmés », confie-t-il.

Comme exemple, les chercheurs citent notamment le cas des akepas d’Hawaï, des oiseaux aux couleurs vives qui vivaient à plus de 700 mètres d’altitude sur les pentes escarpées de la grande île et de Maui protégés jusqu’à récemment des moustiques par les températures plus fraîches.

Or, avec le réchauffement des températures, les moustiques se sont répandus à des altitudes plus élevées, apportant avec eux la malaria avicole qui a décimé les populations d’akepas, dont seules quelques colonies subsistent aujourd’hui.

« On ne trouve plus désormais d’oiseaux à moins de 1.400 mètres d’altitude », explique Andrew Dobson, de l’Université de Princeton.

Autre illustration, la fièvre de la vallée du Rift, une maladie virale qui sévit en Afrique orientale et qui est directement liée aux niveaux de précipitations, et donc des populations de moustiques.

Les chercheurs ont pu établir ainsi que les déclenchements d’épidémie – la dernière en 1998 a fait des milliers de morts dans les populations locales et le bétail – étaient directement corrélés avec l’augmentation de l’humidité et les pluies dues à l’activité du phénomène climatique El Nino.

De la barrière de corail au large de l’Australie, touchée par la décoloration et victime des parasites, aux huîtres du Maine (nord-est des Etats-Unis) infectées par un parasite protozoaire (perkinsus), le phénomène n’épargne aucune espèce, préviennent les auteurs.

« Les changements climatiques perturbent les écosystèmes naturels d’une manière qui favorise les maladies infectieuses », souligne Andrew Dobson.

« Or nous partageons beaucoup de maladies en commun avec ces espèces. Le risque pour l’homme s’accroît », met-il en garde.

Source : AFP

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