Le rendement de blé qui bat tous les records

Le livre des records Guinness rapporte un rendement de blé de 17 398 t/ha! C’est le producteur Eric Watson de Wakanui, en Nouvelle-Zélande, qui détient ce record en 2020. Quels sont les principaux points de régie ou de fertilité du sol pour atteindre ces niveaux? 

Eric Watson a accepté d’échanger sur ses stratégies lors du dernier Ontario Agriculture Conférence. David Weith, conseiller agronomique de Bayer, a aussi participé à la discussion. Il accompagne le producteur pour le suivi des cultures, mais aussi pour toutes les démarches associées à la reconnaissance Guinness. 

D’abord, il faut rappeler que la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni sont les deux pays les plus propices pour accomplir ces records. Ce sont des îles, avec un climat maritime, ce qui veut dire températures modérées et humidité suffisante. Leur emplacement (latitude) procure aussi un bon ratio d’ensoleillement.

Selon Éric Watson et son complice, le rendement obtenu s’explique à :

-30 % par le climat (emplacement, type de sol, etc).

-30 % par le cultivar.

-30 % par la régie de culture.

-10 % par l’ensoleillement.

Tout commence par une bonne planification de rotation des cultures : pas de graminées précédant le blé, dans un sol avec une bonne capacité de rétention d’eau. Eric Watson a la chance de travailler avec un sol de type loam loameux avec une bonne fertilité, une couche arable (top soil) de plus de 50 cm de profondeur et un taux de matière organique entre 4,5% et 5 %. Par la suite, de bonnes conditions de sol au moment du semis à l’automne sont requises pour un établissement uniforme. La précision du semis est aussi importante.  « La position des grains sur le rang doit être le plus égale possible », ajoute David Weith. On vise des grains bien espacés pour favoriser le tallage. « On désire environ dix talles par plants », précise l’expert. Ainsi, un taux de semis entre 126 grains/m2 et 130 grains/m2 donne 1260 épis/m2. Par comparaison, les doses de semis recommandées au Québec se situent entre 350 grains/m2 et 450 grains/m2, selon la régie du producteur pour un nombre souhaité à 450 épis/m2 - 550 épis/m2). 

La fertilisation est basée sur les besoins de la culture. Pour la gestion de l’azote, Eric Watson vise un apport de 300 kg/ha de N. En tenant compte de la minéralisation de l’azote du sol, il complète la fertilisation avec des applications d’urée liquide, en prenant soin de limiter à 50 kg/ha ou 55 kg/ha d’azote par passage. Il a aussi accès à un système d’irrigation pour combler les déficits en eau.

L’utilisation de fongicides (jusqu’à cinq applications) pour contrôler les maladies foliaires (septoriose, rouille, etc.) et celles de l’épi ainsi que des insecticides contre les ravageurs, comme les pucerons, font partie de la régie du producteur. De plus, il fait deux applications d’un régulateur de croissance pour contrôler la verse. 

Même si plusieurs aspects de la régie de culture ne peuvent se transposer dans nos régions, certains points méritent notre attention. Joanna Follings, spécialiste des céréales pour le ministère de l’Agriculture et des Affaires Rurales de l’Ontario (MAAARO) a souligné les plus pertinents dans nos conditions. Un bon établissement est certainement une première étape vers des rendements supérieurs. « Il est primordial de consacrer une attention particulière au moment du semis de blé », résume la spécialiste. « S’assurer d’une date de semis suffisamment hâtive pour maximiser la formation de talles à l’automne », ajoute-t-elle. Par la suite, une dose de semis et un positionnement des semences le plus précis possible assure un couvert végétal uniforme.  Elle a rappelé que 30 % du rendement est attribuable à la régie, mais ajoute une importance équivalente au savoir des producteurs.

Afin de mieux comprendre les différences sur chaque ferme, un projet a été initié en 2020 en Ontario et au Michigan afin de déterminer les indicateurs les plus représentatifs pour expliquer le rendement. L’objectif est de recueillir auprès des producteurs leurs techniques de production et de comparer les différents résultats en lien avec le potentiel de rendement de la région. Ceci permet de compenser pour les différences de climat et autres facteurs qui ne sont pas contrôlables par le producteur. La quantité totale d’azote est un des indicateurs choisis. Aucune relation n’a pu être établie entre la dose et le rendement de la culture cette année. Un autre indicateur est la population ou le nombre d’épis par mètre carré. Ce dernier a démontré la plus grande corrélation avec le rendement du blé. Plusieurs autres indicateurs en lien avec la fertilisation et la phytoprotection font aussi partie de l’étude.

Source:  Ontario Ag Conference 2021

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