Le secteur des semences à un point tournant

Un projet de regroupement entraînera une réorganisation en profondeur du secteur des semences

Le secteur des semences compte plusieurs acteurs. Au Québec, producteurs et commerçants ont chacun leur organisation: les Producteurs de semences et l’Association des marchands de semence. Celles-ci ont chacune un pendant canadien : l’Association canadienne des producteurs de semences et l’Association canadienne du commerce des semences. D’autres acteurs s’ajoutent à l’échelle nationale. L’Institut canadien des semences se consacre à l’agrément et à la surveillance. La Canadian Plant Technology Agency est active dans le domaine de la protection intellectuelle. Enfin, la Commercial Seed Analysts Association Of Canada regroupe les exploitants de laboratoire (il n’existe pas de dénomination française pour ces dernières).

On conçoit sans peine qu’une telle complexité puisse entraîner des inconvénients. Lourdeur administrative, gaspillage de ressources et chevauchement des mandats sont parmi les plus souvent invoqués. Sans oublier la dispersion des forces quand vient le temps de s’adresser aux autorités gouvernementales. 

C’est pourquoi l’ensemble des organisations canadienne élabore depuis 2015 un projet visant à se regrouper en une entité unique ayant pour nom Semences Canada. Le projet a été soumis à leurs membres ces dernières semaines. Au Québec, les membres de l’Association des marchands de semences avaient jusqu’à jeudi dernier pour se prononcer sur son approbation. Du côté des Producteurs de semences du Québec, la date limite pour voter a été établie au 27 août. 

Les conseils d’administration des deux organisations n’ont pas adopté de position officielle sur la question, laissant la décision au bon jugement de leurs membres. D’indiquer le président des Producteurs de semences, Martin Provencher : «On a plutôt veillé à informer nos membres sur ce qu’on perçoit comme les bons et les mauvais côtés du projet.»

M. Provencher voit dans le projet deux éléments positifs principaux. «Il pourrait permettre de réduire la paperasse et de simplifier le système, ce qui en retour déboucherait sur des réductions de coût, dit-il. D’autre part, en parlant d’une seule voix, le secteur se fera mieux entendre auprès des autorités publiques.» Deux points positifs que partage entièrement son homologue de l’Association des marchands de semences du Québec, Annie Bergeron, qui en ajoute un troisième. «Regrouper les expertises permettra de profiter des forces de chacun», formule-t-elle.

En même temps, les deux représentants se disent conscients que le projet comporte des risques. Martin Provencher s’inquiète notamment au sujet de la langue. «L’incapacité de parler anglais pourrait  empêcher des producteurs très compétents d’accéder à un poste de direction, craint-il. Il se peut aussi que l’ensemble des communications de la nouvelle organisation ne fasse pas une place adéquate au français.»

Une appréhension que n’éprouve pas Annie Bergeron. «À travers toutes les démarches qui ont eu lieu jusqu’à mainenant, le français a joui de la place qui lui revient, dit-elle. Par exemple, il y avait un interprète dans toutes les réunions auxquelles j’ai participé. Mais je peux comprendre que devant l’inconnu, les gens aient un peu peur.»

Selon elle, le défi principal de la future organisation est ailleurs. «Il y a un gros enjeu de culture, pense-t-elle. Chacune des organisations a sa culture propre. Par exemple, l’Association canadienne des producteurs de semences, qui existe depuis une centaine d’années, possède une culture bien ancrée. Apprendre à travailler avec les autres va constituer un défi.»

Un second risque souligné par Martin Provencher, c’est que la voix des producteurs sorte affaiblie du regroupement. Ces derniers, décrit-il, ne seront qu’un des groupes représentés au conseil d’administration d’une organisation qui oeuvrera à la promotion des intérêts de l’ensemble du secteur des semences. 

Alors que Martin Provencher affiche une attitude neutre, Annie Bergeron ne cache pas qu’elle voit le projet d’un bon œil. «C’est une chance unique de redessiner l’industrie canadienne des semences et de se positionner pour l’avenir», considère-t-elle.

Soit dit en passant, celle qui occupe aussi le poste de directrice générale des Grains Semtech inc. est l’une des deux personnes nommées pour siéger au conseil d’administration de la future entité, si elle est crée. L’autre est Daniel Lanoie, un producteur de semences de Saint-Hugues, en Montérégie.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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