Le séquençage du génome du riz ouvre d’immenses espoirs

Washington (États-Unis), 4 avril 2002 – Des chercheurs de la firme privée suisse Syngenta et des scientifiques chinois ont publié la première ébauche de la cartographie du génome du riz, une percée scientifique qui pourrait permettre d’améliorer la production et de mieux lutter ainsi contre la malnutrition.

Souvent appelée la « céréale du pauvre », le riz sert en effet d’aliment de base pour la moitié de l’humanité.

Cette publication dans la revue américaine Science concerne les deux sous-espèces de riz les plus répandues, l’Oriza sativa japonica (riz rond) et l’Oriza sativa indica (riz long), la variété la plus cultivée en Chine et en Asie du sud-est.

Ces recherches ont consisté à décrypter 430 millions de paires de bases nucléotidiques composant l’ADN de ses douze chromosomes.

Le riz s’avère une plante extrêmement complexe, avec un nombre estimé de gènes compris entre 42.000 et 63.000 (variété japonica) et 45.000 à 56.000 (variété indica), soit étonnamment plus que le génome humain (entre 30.000 et 40.000).

Le code génétique du riz « va permettre d’accélérer l’amélioration de la qualité nutritionnelle, des rendements agricoles et de l’agriculture durable pour répondre aux besoins croissants de la planète », souligne le rédacteur en chef de Science, Donald Kennedy.

Chaque jour, 24.000 personnes meurent de faim et 800 millions s’endorment chaque soir la faim au ventre. Face à la croissance démographique et à la diminution des terres arables, les pénuries alimentaires dues aux catastrophes naturelles, aux guerres et à la pauvreté risquent d’être de plus en plus critiques.

La variété indica a été séquencée par le Pr Jun Yu de l’Institut de génomique de Pékin (BGI), à la tête d’une équipe de chercheurs de onze institutions chinoises.

Le croisement d’indica avec d’autres variétés permet de produire une espèce hybride et d’améliorer les rendements de 20% à 30% à l’hectare.

L’autre variété, japonica (ou Nipponbare), qui pousse dans des régions au climat tempéré, a été séquencée par le Pr Stephen Goff, à la tête d’une équipe de scientifiques de l’Institut de recherches de Torrey Mesa (TMRI), le laboratoire en Californie du groupe agrochimique suisse Syngenta.

Cette variété, souligne le Pr Goff, pourrait à terme permettre de produire un riz à haute teneur en vitamines. Le génome devrait révéler également les mécanismes de production du béta-carotène, un précurseur de la vitamine A.

Cette information génétique ouvre aussi la voie à la création d’espèces résistantes aux insectes et aux maladies, ajoute le chercheur.

Un consortium de laboratoires publics, baptisé Projet international de séquençage du génome du riz (IRGSP), financé par le Japon, s’était aussi lancé dans la course au séquençage du génome du riz en 1998. Mais il a recours à une méthode de séquençage plus systématique et traditionnelle mais qui prend davantage de temps. Son travail devrait aboutir en décembre.

La firme américaine Monsanto, qui avait achevé une première ébauche du génome en 2000, a décidé de fusionner ses efforts avec l’IRGSP.

Les deux ébauches de la carte du génome du riz publiées vendredi seront combinées ultérieurement avec la version à venir beaucoup plus précise de l’IRGSP.

La séquence indica est immédiatement accessible au public et aux chercheurs du monde entier à travers la banque de données GenBank.

Quant à la séquence japonica, elle est protégée par un brevet et n’est pour l’instant disponible que par le biais de Syngenta. Les chercheurs y auront accès sous certaines conditions.

La firme suisse a toutefois proposé de partager ses données avec celles du projet public afin d’aboutir plus rapidement à une cartographie complète du génome du riz.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Syngenta

http://www.syngenta.com/

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