Le sud de la France menacé par une importante sécheresse

Paris (France), 3 mai 2002 – Le sud de la France risque de connaître cet été sa plus importante sécheresse depuis dix ans, alors que le nord du pays sort à peine des inondations et que les nappes phréatiques y sont pleines à ras bord, relève Météo France.

« Il ne faut pas se faire d’illusion, des mesures de restriction devront probablement être mises en oeuvre par les préfets dans plusieurs départements du Sud et du Sud-ouest », estime la Direction de l’eau au ministère de l’Environnement.

La sécheresse qui sévit dans la moitié sud du pays remonte en fait au mois d’août 2001, selon Michel Daloz, prévisionniste à Météo France. L’automne, qui permet traditionnellement de « recharger » les réserves d’eau dans le sud du pays, a été l’an dernier particulièrement sec.

En décembre, un anticyclone sibérien a soufflé un temps froid et sec. Hormis le mois de février, proche des normales de pluviométrie, l’hiver a été ensuite doux et sec.

Au total, la moitié seulement des pluies attendues sont tombées depuis août, relève Michel Daloz.

Mai est généralement bien arrosé sur le sud de la France, mais « même un printemps pourri ne suffirait pas recharger les nappes phréatiques et les rivières », estime M. Daloz. Le déficit d’eau est en effet de 320 mm dans certains endroits du Sud-ouest, soit 5 mois de pluies de retard.

De plus, les pluies de printemps ne sont pas aussi efficaces que les pluies d’automne, souligne la Direction de l’eau. Au printemps, les pluies sont davantage absorbées par l’évaporation et par la végétation en pleine croissance et n’alimentent guère les nappes phréatiques.

« Des pluies en mai seraient tout de même les bienvenues, car elles amélioreraient l’état des sols en surface et éviteraient les arrosages précoces », souligne Météo France.

L’irrigation agricole représente 70% de la consommation d’eau chaque année, et plus de 90% pendant l’été, surtout dans les régions du Sud-ouest où se pratique la culture intensive du maïs.

En Poitou-Charentes, le préfet a préparé un « arrêté cadre », qui prévoit quelles restrictions pourront être mises à en place si les eaux baissent à un seuil déterminé.

La préfecture des Bouches-du-Rhône vient de placer sous surveillance les ressources en eau de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), une sorte de mise en garde aux utilisateurs.

« Il y a un réel gâchis d’eau dans l’agriculture, puisqu’on estime à 20% la marge qui pourrait être économisée chaque année si chacun surveillait au plus près ses pratiques », souligne-t-on au ministère de l’Environnement.

Outre les agriculteurs, invités à limiter l’irrigation, les particuliers peuvent être touchés par les arrêtés préfectoraux: interdiction d’arrosage des jardins, de laver les voitures etc.

La capacité d’intervention des préfets a été élargie après la dernière « grande » sécheresse en France de 1989 à 1992.

Les pompiers sont peut-être les plus vigilants face à cette menace: de nombreux départs de feu ont déjà été observés dans le Sud-est, et dans le Médoc, deux grands incendies ont eu lieu en mars.

« Le bois laissé en forêt après les tempêtes de décembre 1999 est extrêmement sec et représente une menace », souligne M. Daloz.

La tendance à la sécheresse dans le sud du pays, et à une plus grande pluviométrie au nord « correspond » aux prévisions des experts sur l’impact sur la France du changement climatique, relève Météo France. Mais le climat est capricieux et les météorologues ne se risquent pas à affirmer qu’il s’agit d’une conséquence de l’effet de serre sans une tendance stable sur plusieurs dizaines d’années.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Météo France

http://www.meteo.fr/

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